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« Heimat ». Une quête

Un mot si allemand

Von Sophia Bonbon

Claquette du film Almanya – Willkommen in Deutschland ; photo : Stiftung Haus der Geschichte / Axel Thünker

10. Januar 2022

Heimat, ce mot si allemand, est émouvant et difficile à saisir à la fois. La maison de l’Histoire Haus der Geschichte à Bonn lui consacre une exposition jusqu’en septembre 2022.

La notion de « Heimat » a de nombreuses significations et est souvent associé au lieu de naissance, à une région, à des souvenirs d’enfance, à la nourriture et à la boisson, à une odeur ou encore à une langue, un dialecte. Heimat est aussi l’endroit où vivent les amis et la famille. Ce terme a le vent en poupe. Il est utilisé dans la publicité, le marketing et les déclarations politiques, il peut unir mais aussi distinguer et diviser. C’est ce dont parlent les objects exposés à Bonn.

Coup de projecteur sur l’Allemagne des années 80

Affiche de la première partie de la trilogie Heimat d‘Edgar Reitz, 1984, © Edgar-Reitz-Filmstiftung, München

Edgar Reitz, réalisateur devenu célèbre pour ses films sur la vie quotidienne de l’Allemagne contemporaine, a réalisé la grande épopée cinématographique Heimat – eine deutsche Chronik (Heimat – une chronique allemande) de 1981 à 2006 – à une époque où ce terme n’était pas très en vogue, voire un peu tabou.

Pour lui, Heimat était plus un concept de nostalgie, un champ de bataille des sentiments – sa trilogie est passé dans le monde entier sous le titre Heimat, donc sans traduction puisque intraduisible. En 2012, Edgar Reitz a réalisé le film Die andere Heimat – Chronik einer Sehnsucht, basé sur la série, pour les salles de cinéma.

On me déracine !

Au début des années 1990, l’initiative citoyenne Stop Rheinbraun installe des panneaux à l’entrée des villages menacés par l’exploitation à ciel ouvert de lignite. Les habitants des villages font des marches régulières pour manifester pour la préservation des villages menacés – entre autres Keyenberg dans la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. C’est l’un des villages systématiquement déplacé et qui doit céder la place à la mine à ciel ouvert de RWE Power AG. L’extraction du charbon élimine une population minoritaire avec sa culture, sa langue et ses traditions. C’est ce qui est aussi arrivé au peuple sorabe dans l’ex-Allemagne de l’Est où l’extraction a effacé toutes les traces et la mémoire d’une culture. 130 villages sorabes ont déjà été détruits ; les habitants se sont vus obligé de trouver une nouvelle Heimat.

Panneau à l’entrée des villages menacés par l’exploitation à ciel ouvert de lignite ; photo : Stiftung Haus der Geschichte / Axel Thünker

Le premier travailleur immigré en Allemagne

D’autres sont déracinés pour des raisons économiques et rapportent de leur pays des objets souvenirs pour surmonter la nostalgie. Lorenzo Annese, employé par Volkswagen à Wolfsburg de 1961 à 1993 est le premier travailleur émigré d’un comité d’entreprise en Allemagne.

Cafetière espresso et verseuse offerte par un ami d’Italie à Lorenzo Annese ; photo : Stiftung Haus der Geschichte / Axel Thünker

Comme beaucoup d’autres travailleurs immigrés italiens, Lorenzo Annese, empreint d’une profonde gratitude et humilité, a décidé de rester en Allemagne, sa nouvelle patrie ; en 2021 il a publié sa biographie en italien: Vita da Gastarbeiter.

Les nouveaux Allemands ?

Almanya – Willkommen in Deutschland (Almanya – Bienvenue en Allemagne), un film des  sœurs Yasemin et Nesrin Samdereli a connu un grand retentissement et obtenu le prix allemand du Film (Deutscher Filmpreis) pour le meilleur scénario en 2011. La tragi-comédie traite de la question des racines et de l’identité des travailleurs venus de Turquie et leurs descendants en Allemagne sur plusieurs générations. Un jeune garçon de 6 ans, Cenk Yilmaz, s’y pose la question sans réponse : « Suis-je Allemand, ou Turc ? » Pour l’aider à comprendre, sa cousine Canan lui raconte l’histoire de leur grand-père Hüseyin qui, à la fin des années 1960, a émigré en Allemagne avec sa femme et ses enfants pour y travailler. Le temps a passé et l’Almanya est devenu leur pays d’adoption. Un jour, le grand-père achète une maison en Turquie et souhaite y emmener toute la famille en vacances. C’est le début d’un long voyage plein de souvenirs, de disputes – et de surprises.

La robe traditionnelle bavaroise dont le tissu est fabriqué en Afrique ; photo : Stiftung Haus der Geschichte / Axel Thünker

Dirndl

Le Dirndl est la robe traditionnelle des paysannes des Alpes bavaroises et autrichiennes. En rendant hommage à leur pays d’origine, les sœurs camerounaises Darouiche et Wetterich donnent un look exceptionnel à la célèbre fête d’octobre, la Wiesn à Munich, et créent le Dirndl à l’Africaine, en donnant au design une touche ludique avec des motifs particulièrement colorés et élaborés sur des tissus africains. Un moyen créatif de combiner leur amour pour leur pays d’origine et leur pays d’adoption.

« Quelque chose de positif »

Plus que jamais, Heimat est d’actualité : nombreux sont les symboles liés aux douleurs causées par le fait de devoir quitter son pays comme les clés de maison d’une personne expulsée de Silésie et de réfugiés d’Alep. Les plus d’un million de réfugiés qui sont arrivés en Allemagne depuis 2015 sont eux aussi souvent douloureusement confrontés aux questions quotidiennes et saisissantes sur l’étendue du sujet.

Le président fédéral d’Allemagne, Frank-Walter Steinmeier, a déclaré en 2020, lors d’une soirée culturelle consacrée à Heimat : « Heimat, c’est quelque chose de positif, quelque chose qui peut créer une solidarité, qui rend possible un avenir commun ». Aujourd’hui, le terme Heimat connaît un renouveau en Allemagne : depuis 2018, le ministère de l’Intérieur s’appelle aussi ministère pour Heimat (Bundesministerium des Inneren und für Heimat).

Heimat : pour en savoir plus