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Politiquement correct

L’ écriture inclusive

Von Sophia Bonbon

Les fameux Hanovriens deviennent-ils des Hanovrien.ne.s ? © Adobe Stock

21. Dezember 2019

Le Premier ministre français, Edouard Philippe, a banni l’écriture inclusive de tous les textes administratifs et officiels en France. A Hanovre en Basse-Saxe, la mairie la prescrit.

Dorénavant, en Allemagne, les parents auront le choix entre trois cases pour indiquer le sexe de leur enfant. En effet, le 13 décembre 2018, le Bundestag a adopté un projet de loi reconnaissant l’existence d’un « troisième sexe ». Désormais, à côté des mentions « masculin » et « féminin », sur les registres d’état civil allemands, ainsi que tout document administratif, on trouvera la mention « divers ». Suite à cette décision, Hanovre, capitale du Land de Basse-Saxe, décide d’appliquer l’écriture inclusive, destinée à lutter contre les stéréotypes liés aux sexes et les inégalités entre les femmes et les hommes, et, à reconnaître  « le troisième sexe », dans tout texte officiel. L’Allemagne serait-elle plus tolérante envers ses citoyennes, ses citoyens et notamment « les autres  » que la France ?

Lécriture épicène et la langue allemande

En Allemagne, l’écriture inclusive est imposée depuis de nombreuses années, aussi bien dans l’administration que dans le monde du travail, mais surtout dans le monde universitaire. Hanovre, qui est connue pour être la ville, où l’on parle « le meilleur allemand » décide donc de compliquer la langue allemande, comme si elle ne l’était pas suffisamment.

Les subtilités de l’écriture inclusive et les exigences de la double flexion  imposent de systématiquement utiliser le féminin à côté du masculin pour désigner un groupe de personnes, par exemple dans l’expression « Bürgerinnen und Bürger » (« citoyennes et citoyens »). Maintenant, il faudra aussi prendre en compte toute personne ne se reconnaissant ni dans le sexe féminin, ni dans le sexe masculin.

La féminisation des professions est simple puisqu’il faut en général ajouter le suffixe in : On dira, par exemple, der Direktor (m), die Direktorin (f). Mais comment faire avec les personnes qui ne se sentent ni masculine, ni féminine ? La ville de Hanovre essaie d’utiliser des formes neutres, ainsi, on évitera la forme  « Lehrer und Lehrerinnen » pour parler de « Lehrende ». D’autres villes préfèrent abréger en parlant de « LuL » ou de « SuS » (Schüler und Schülerinnen). Hanovre propose sur son site une brochure avec des recommandations de formules pour rester neutre. On évitera ainsi le terme Teilnehmerliste, (liste des participants) pour parler de Teilnahmeliste (liste de participation). Pour inclure toutes personnes, masculine, féminine et divers, on n’écrira plus Liebe Kolleginnen und Kollegen, mais on introduira l’astérisque *, Liebe Kolleg*innen.

La solution appliquée depuis plusieurs années avec le fameux Binnen-I (le i majuscule) à l’intérieur d’un mot comme LeserInnen au lieu de Leserinnen und Leser (lectrices et lecteurs) a quasiment disparu. En outre, lorsque l’on s’adresse au public, on ne dira plus « Sehr geehrte Damen und Herren », mais tout simplement « Guten Tag ».

Les Allemands face à l’écriture inclusive

Beaucoup de linguistes, de scientifiques, de journalistes, d’écrivains, aussi bien homme que femme faisant partie du Verein Deutsche Sprache, l’association de défense de la langue allemande fondée en 1997, crient leur colère contre l’écriture inclusive qui est, entre autre,  difficile à lire et qu’ils jugent d’absurde.

D’autres le prennent avec humour en se demandant pourquoi ne pas prendre aussi les animaux en compte. Le Hanovrien, der Hannoveraner n’est pas seulement l’habitant de Hanovre mais aussi une race de chevaux. Alors faudra-t-il parler de la Hanovrienne lorsque l’on parlera de la femelle ? Ou politiquement plus correct : la Hanovrien.ne ? Et comment nommer le Hanovrien qui ne soit ni male, ni femelle de naissance ?

En plus, la langue allemande possède un genre neutre « das ». On parlera par exemple de « das Mädchen » pour désigner une jeune fille. Cela veut-il dire que les jeunes filles allemandes doivent attendre leur majorité pour être féminine et qu’on puisse enfin les appeler « die Frau » ?

La langue allemande est-elle en pleine (r)évolution ?