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Environnement

La fin de la voiture… diesel ?

Von Pascal Reine-Adelaide

© Adobe Stock

02. August 2019

L’histoire de la chute des ventes des voitures diesel en Allemagne est celle du calvaire d’une puissante industrie automobile allemande, la première en Europe, et qui depuis plusieurs années perd de son prestige et de sa puissance.

Au delà, cette “descente aux enfers” comme l’ont nommé des médias, devrait aussi tous nous interroger sur le futur des déplacements dans un pays où la voiture a une valeur quasi sacrée.

Le Diesel, un problème de santé publique

Cette histoire débute en 2010 lorsqu’une directive européenne exige que l’émission des dioxydes d’azote n’excède pas un certain niveau dans les pays de l’Union Européenne. Ces oxydes d’azote se retrouvent notamment dans l’émission de tous les moteurs diesel (bateaux, trains, camions) et notamment des voitures individuelles. De fait, ces émissions sont un vrai danger de santé publique.

Une étude publiée en 2017 dans la revue Environmental Research Letters 2017 attribuait déjà

10 000 morts à la pollution de l’air liée aux seules voitures diesel. Face au fléau, les grandes villes européennes encombrées, peinent à trouver des solutions et à réduire la pollution dans leurs rues.

Paris, Berlin, Londres, Rome… ont toutes pris des arrêtés pour limiter l’accès des voitures en leur centre.

A l’inverse d’autres pays, en Allemagne, le marché de la voiture diesel n’est pas une niche..

Il y aurait ainsi en Allemagne plus de 15 millions de voitures diesel individuelles et un peu plus de 3 millions de camions, soit environ 30% du parc global. Il y a des raisons à cet engouement: Le moteur Diesel inventé par un ingénieur allemand, présentait au moment de sa création beaucoup d’avantages: il consomme moins d’énergie et surtout reste moins cher à la pompe. A l’époque la pollution n’était pas un problème…

Lorsque les enjeux climatiques et de pollution se sont faits plus pressants, l’industrie automobile allemande s’est engagée à suivre le mouvement en produisant des moteurs diesel moins polluants.

Le Choc du Dieselgate

Pourtant, en 2014 éclate au grand jour le Dieselgate, scandale industriel qui révèle que ces grandes marques (Volkswagen d’abord, BMW, Audi,Porsche…) ont triché. Non, leurs moteurs Diesel ne sont pas propres, et pour le faire croire les fleurons de l’industrie allemande ont menti en trafiquant leurs moteurs. Sidération en Allemagne, pays du capitalisme vertueux ! Des millions de voitures sont rappelées en urgence en usine. L’action de Volkswagen perd en quelques jours 20% de sa valeur.

Des amendes records de plusieurs milliards d’euros viendront sanctionner ces comportements mensongers. Des dirigeants de ces grands groupes sont traduits en justice; Pire, le patron d’Audi, Rupert Stadler, est condamné à de la prison en Allemagne. Il y reste 5 mois. Honte!

Des décisions de justice controversées

Mais la chute n’est pas finie. En 2018, au plus fort des prises de conscience citoyenne sur les problématiques liées aux enjeux climatiques et de santé publique, des associations allemandes de protection de l’environnement décident d’attaquer en justice des villes en Bade-Wurtemberg et Rhénanie du Nord-Westphalie accusées de laxisme dans la lutte contre la pollution de l’air.

Premières visées, les voitures diesel dotées de moteurs anciens accusées de polluer davantage.

Les premiers tribunaux leur donnent raison. Les villes sont condamnées à agir. L’effet fait boule de neige.

D’autres grandes métropoles d’Allemagne, Hambourg, Berlin… sont sommées de mettre en place des mesures pour limiter la circulation des vieux modèles notamment diesel (les vieux modèles essence très polluants sont eux aussi concernés). Des zones d’interdiction de circulation sont délimitées, des axes sont interdits. Panique !

Les utilisateurs et conducteurs de voitures diesel sont furieux. La valeur de leur voiture diminue chaque jour et surtout ils ont le sentiment d’avoir été floués. S’ils veulent circuler à nouveau librement il leur est demandé de rénover leur voiture ou de la changer. Question: qui va payer?

Le gouvernement fédéral, les industriels ne sont pas encore parvenus à un accord clair face aux coûts importants à venir.

La classe politique allemande est divisée mais surtout, prise de court. Si certains approuvent globalement ces décisions de justices, d’autres politiques les jugent “Absurdes” et “disproportionnées”. Ils craignent que ces décisions pénalisent durablement et fortement l’industrie de l’automobile qui embauche plus de 800 000 personnes en Allemagne, représente près de 13% du PIB national et est le premier producteur de voitures en Europe.

Les gouvernements sous tension

Devant l’ampleur du risque, on cherche des coupables et les médias s’en mêlent. Le gouvernement fédéral est accusé d’avoir su et de n’avoir rien fait. Les liens entre les partis politiques au pouvoir et ces grands industriels allemands puissants qui ont profité de larges subventions, ressurgissent et donnent l’image de compromissions intéressées.

Les gouvernements des Lander sont eux aussi pointés du doigt. Des experts accusent “certaines villes de n’avoir pas voulu prendre de mesures pour éviter ces décisions drastiques. Rien n’a été fait pour réorienter les flux des conducteurs réguliers vers les transports en commun. Aucune prime au changement n’a été mise en place”.

A Berlin, si le gouvernement du Land dit avoir instauré des zones à vitesse réduite, il reconnaît aussi que les émissions polluantes n’ont pas diminué. A Berlin encore, certains élus de l’opposition notent que le parc automobile de la ville n’est toujours pas “propre”: les services de transport publics de la ville (BVG), les pompiers, la voirie…

Les acteurs économiques font augmenter davantage encore la pression sur les politiques.

Catastrophe’ pour Erich Staake le directeur du port de Duisbourg, qui estime que la limitation de circulation de véhicules diesel sur certains axes, notamment l’A40, va fortement pénaliser l’activité industrielle et la logistique de la région.

Les associations de commerçants et d’artisans de Berlin souhaitent que le Sénat du Land fasse appel des verdicts limitant la circulation dans la ville. La Chambre de commerce de Berlin souhaite voir encadrées ces interdictions et exclure les artisans et commerçants de ce cadre. Pour tenter d’endiguer le tollé provoqué par les restrictions des juges le gouvernement fédéral a fait voter une loi ré-haussant le seuil des taux acceptables d’émission. Certaines voitures interdites de circulation hier, retrouvent la permission de rouler…

A la recherche des solutions

Face aux colères montantes, les gouvernements (locaux et fédéral) semblent pris de court et impuissants devant cette crise du Diesel Et les mesures votées à la hâte pour calmer la grogne des utilisateurs et conducteurs paraissent dérisoires au vu des enjeux. Car en effet au delà des restrictions de circulation et du renouvellement du parc automobile se pose de fait la question des mobilités urbaines pour l’avenir. Lorsque ces vieilles voitures diesel et essence seront remplacées, il n’est pas certain que la qualité de l’air devienne d’un coût exempte de ces particules fines si nocives pour la santé.

La voiture à combustion reste encore le premier moyen de déplacement des Allemands et des Européens. Que faire ? L’amélioration des transports en commun nécessite la mobilisation de coûts infrastructurels importants. Les solutions de substitution au moteur à combustion ne sont pas encore trouvées. Les voitures à propulsion électrique ou à hydrogène concentrent les espoirs de beaucoup d’industriels pour proposer des solutions plus propres. L’Allemagne est déjà en pointe sur l’hydrogène en Europe…, mais loin des expériences à plus grande échelle de la Corée du Sud ou de la Chine.

L’équation est pourtant simple: les nouvelles contraintes climatiques et de santé publique, s’opposent à une prospérité économique basée sur des grandes industries (ici automobiles) lentes à faire évoluer. En Allemagne, les solutions à cette terrible équation ne sont pas encore trouvées et le temps presse.

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