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Charité

Série, pandémie, Navalny

Von Benoît Faedo

Le Bettenhaus de la Charité surplombe la ville. © Charité

28. Oktober 2020

L’hôpital universitaire de la Charité de Berlin n’en finit pas de faire parler de lui ces derniers temps – une aura médiatique qui a régulièrement accompagné son histoire.

À l’heure où l’on s’interroge sur les effets « positifs » engendrés par le Covid-19, il est intéressant de se souvenir de la genèse de la Charité, le plus ancien hôpital de Berlin, devenu aujourd’hui lieu d’excellence de la recherche et de l’enseignement médicaux.

De la peste au Covid-19

Nous sommes au début du 18ème siècle et un fléau continental frappe aux portes de la capitale prussienne : la peste. Face à cette menace, le roi Frédéric-Guillaume Ier ordonne la construction d’une maison de la peste (Pesthaus), à l’extérieur de la ville, cela s’entend. C’est qu’il faut pouvoir placer les malades en quarantaine, à l’écart de la population – l’inauguration en mai dernier d’une « clinique Covid-19 » sur une partie du parc des expositions de Berlin s’inscrit dans la même veine. Le 13 mai 1710, le tout premier bâtiment de ce qui allait devenir quelques siècles plus tard une vénérable institution internationale sortait de terre.

La peste épargnera finalement Berlin, mais la maison de quarantaine, elle, restera fonctionnelle, devenant un hôpital militaire. Il faudra attendre quelques années encore pour que le Roi-Sergent accepte de faire du bâtiment un Bürger-Lazareth et c’est son amour pour la langue française qui explique l’origine du nom qu’il imposera alors au lieu : « Charité » (1727). Un nom assez bien trouvé puisque l’institution, aux moyens limités, se chargeait principalement d’accueillir les pauvres – les Berlinois riches recevant à l’époque les soins à domicile.

Bâtiments historiques de la Charité, © Mario Hagen, Shutterstock

Opérationnel depuis 1713

Par la suite, un petit complexe médical se déploie autour du lieu d’origine : au théâtre anatomique déjà opérationnel depuis 1713 (un petit bijou architectural à visiter) s’ajoute une école de chirurgie à la fin du siècle. Le véritable changement de dimension interviendra en 1810 avec la fondation de l’Université de Berlin et de la Faculté de Médecine. Il faut dire que le doyen de l’époque, Christoph Wilhelm Hufeland, était le médecin personnel du Roi Frédéric III et de sa famille (et aussi de Goethe et de Schiller). Cela a sans doute facilité le rapprochement.

Devenu hôpital universitaire, la Charité s’affirme dès lors comme un centre de recherche et d’enseignement foisonnant. Une petite balade sur l’historique Campus Mitte permet d’ailleurs de visualiser ce à quoi ressemblait l’ensemble au 19ème siècle. C’est à cette époque que la Charité écrira son histoire à travers d’innombrables travaux et découvertes d’éminents spécialistes, dont les noms ornent désormais plusieurs rues et institutions berlinoises : Karl Ferdinand von Gräfe (précurseur de la chirurgie esthétique), Johann Friedrich Dieffenbach (pionnier de l’anesthésie), Johann Lukas Schönlein (naturaliste spécialiste de la tuberculose), Rudolf Virchow (père de l’anatomie pathologique moderne et politicien engagé) ou encore les infectiologues Emil von Behring, Paul Ehrlich et Robert Koch.

Le mémorial de l’ophthalmologe Albrecht von Graefe (1828-1870) à Berlin, © Benoît Faedo

Le dernier nommé, célèbre pour avoir mis en évidence le bacille tuberculeux, demeure le plus connu. Pour beaucoup, il rappelle surtout  l’institut qui porte son nom : le centre épidémiologique allemand publie les chiffres de la pandémie au jour le jour et souffle le chaud et le froid sur le quotidien des citoyens en actualisant sa liste de zones à risques.

Lumière, caméras et micros

Aujourd’hui encore, la Charité attire lumière, caméras et micros. En Allemagne, l’épidémie du Covid-19 a consacré un autre spécialiste rattaché à l’hôpital berlinois : le virologue Christian Drosten. Archi-présent dans les médias pour communiquer chiffres, mises à jour, explications et recommandations à la population, le directeur du service de virologie à la Charité est l’expert ès Covid-19 du pays. Entre la multitude d’entretiens donnés, le podcast à succès du NDR dont il est l’invité-phare ou encore sa décoration récente de la croix fédérale du Mérite, c’est peu dire s’il est sur le devant de la scène (et devrait encore l’être pour un temps) !

Le virologue Christian Drosten, © Peitz/Charité

Sans doute a-t-il déjà croisé une autre figure scientifique sur le Campus Mitte : la toute récente lauréate du prix Nobel de Chimie, Emmanuelle Charpentier. La Française y travaille au sein de l’Unité de recherche pour la science des agents pathogènes du Max-Planck-Institut.

Impossible de ne pas mentionner non plus le « coup » diplomatico-politique réalisé par l’hôpital en accueillant et en soignant l’avocat russe Alexeï Navalny, opposant de Vladimir Poutine et victime d’une tentative d’empoisonnement.

Navalny n’est qu’un nom supplémentaire parmi une longue liste de personnalités politiques – parfois plus ou moins recommandables – déjà passées dans les couloirs de l’établissement. Preuve qu’il s’y joue souvent des enjeux dépassant le seul cadre scientifique…

La Charité télévisée

© Netflix

L’histoire de l’hôpital est suffisamment foisonnante au point que la télévision allemande a décidé d’y consacrer une série. Diffusée sur Das Erste à partir de 2017, la première saison nous fait revivre les découvertes de Behring, Ehrlich et Koch, à une époque où les avancées scientifiques servent de vitrine aux nations.

En 2019, la deuxième saison met en lumière les conflits éthiques des médecins en proie aux pressions sous l’Allemagne nazie. On y suit notamment le quotidien du chirurgien allemand Ferdinand Sauerbruch.

Une troisième saison qui se déroulera à l’époque du Mur est en cours de réalisation. Pour le moment, la série n’est disponible que sur Netflix en Allemagne (et en Amérique du Nord pour la 2e saison).

À quelque chose malheur est bon

Centre hospitalier universitaire affilié à l’Université libre de Berlin et à l’Université Humboldt de Berlin, la Charité regroupe aujourd’hui 17 centres englobant près de 100 cliniques et instituts dans toute la capitale. L’ensemble réunit plus de 15.000 personnes, dont près de 5000 médecins et 300 professeurs, pour un total de 3000 lits.

Ce vaste réseau, désormais lié à l’histoire de la médecine, a vu son statut renforcé avec la modernisation complète en 2016 du Bettenhaus, le bâtiment symbole qui surplombe la ville. En repensant aujourd’hui à l’origine du complexe, on se dit que, décidément, à quelque chose malheur est bon.

Hôpital universitaire de la Charité de Berlin

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