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Design allemand

Deux pays, une histoire

Von 1949 bis 1989

RDA : Klaus Kunis, Blumengießer, ca. 1960, aus: Nachweis für Besiedlung 2014, Hg. Werkleitz Gesellschaft e. V., Installation: Stephan Schulz, © Werkleitz 2014, Foto: Yvonne Most

20. April 2021

Influencé par le mouvement du Bauhaus et celui du Werkbund, le design allemand a acquis ses lettres de noblesses à l’international au début du 20e siècle. Avec la division de l’Allemagne à partir de 1949, le design et la culture quotidienne ont pris des directions différentes des deux côtés de la frontière.

À l’Ouest, ils sont le moteur du « miracle économique », à l’Est, ils s’inscivent dans une économie socialiste planifiée. Plus de 30 ans après la chute du mur, le Vitra Design Museum présente, jusqu’au 5 septembre 2021, la première grande rétrospective autour du design d’après-guerre des deux Allemagnes. L’exposition « Le design allemand de 1949 à 1989 : Deux pays, une histoire » compare le design de l’ex-RDA et celui de la RFA, en mettant en évidence les différences idéologiques et créatrices, mais également les parallèles et références croisées qui reliaient l’Est et l’Ouest.

Le plastique bon marché et le fonctionnalisme froid

Parmi les objets exposés, du mobilier et des luminaires emblématiques, des pièces issues de la mode, des textiles et des bijoux en passant par le graphisme, le design industriel et la décoration intérieure. D’un côté, le design de la RDA en plastique bon marché et coloré, de l’autre, le fonctionnalisme froid de la RFA : l’exposition propose un regard nuancé face à ces clichés.

On peut y voir des objets quotidiens légendaires tels que la « Trabant », la voiture du peuple de la RDA (1958) ou la chaîne stéréo surnommée « cercueil de Blanche-Neige » (1956), ainsi que de nouvelles découvertes et des raretés telles que la chaise sculpturale à courbes « Poly-COR » de Luigi Colani (1968). L’accent est mis sur des protagonistes comme Dieter Rams, Egon Eiermann, Rudolf Horn et Margarete Jahny, mais aussi sur les écoles influentes ou encore l’héritage du Bauhaus.

RDA : Trabant 601 Universal, 1965, © Faksimile: Trabant Team Freital e. V., 2020

Pour la première fois, l’exposition offre ainsi une large rétrospective de l’histoire du design d’après-guerre des deux Allemagnes et montre à quel point le design et l’histoire contemporaine, la culture du quotidien et le contexte politique mondial étaient étroitement liés dans l’Allemagne de la guerre froide.

Nouvelles identités

Le premier espace d’exposition plonge le public dans différentes scènes de l’Allemagne divisée et montre le rôle que le design y a joué. Dès la naissance des deux nouveaux États, le design contribue à la création de nouvelles identités qui se reflétaient, notamment, dans les différentes armoiries nationales, les monnaies, les cartes d’identité, et jusque dans les fameux personnages symboliques sur les feux de circulation. Des objets tels que la chaise en forme d’oeuf « Garden Egg Chair » de Peter Ghyczy (1968) montrent que l’histoire du design n’a pas toujours été strictement séparée dans les deux États, car le fauteuil futuriste a été produit avec des différences mineures en Allemagne de l’Est comme à l’Ouest.

L’histoire commune du design allemand avant la Seconde Guerre mondiale est également abordée, puisque de nombreux designers ont étudié ensemble à l’école d’art Bauhaus ou dans d’autres écoles sous la République de Weimar. Durant l’après-guerre, il s’agissait de clore le chapitre sombre du national-socialisme en renouant avec les idées du modernisme tant dans la création que dans la formation.

L’histoire du design des deux Allemagnes

Après cette introduction, l’exposition raconte l’histoire du design des deux Allemagnes dans l’ordre chronologique. Elle commence en 1949, lorsque la République fédérale d’Allemagne est fondée dans les zones d’occupation occidentales et la République démocratique allemande dans la zone d’occupation soviétique. Dans les deux États, les programmes de logement public accélèrent la reconstruction, entraînant une augmentation rapide de la demande de biens de consommation : des meubles, de la vaisselle aux automobiles en passant par les appareils électroménagers. Des objets du quotidien tels que l’horloge de cuisine de Max Bill (1956) ou l’élégant arrosoir de Klaus Kunis (vers 1960) reflètent un nouvel attachement au chez-soi et la popularité croissante du design moderne.

À l’Est comme à l’Ouest, les grandes écoles de design, nouvellement créées ou réouvertes, doivent apporter à l’industrie de jeunes talents, d’autant que le design offre une excellente opportunité de se présenter sur la scène internationale en mettant l’accent sur son orientation moderne et son ouverture d’esprit. La réouverture de la foire de Leipzig en 1946, qui devait contribuer au développement de l’économie d’exportation de la RDA, et le pavillon conçu par Sep Ruf et Egon Eiermann pour la République fédérale d’Allemagne à l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958 constituent des étapes importantes de cette démarche.

Une séparation stricte entre la RDA et la RFA à partir du 13 août 1961

La construction du mur de Berlin à partir du 13 août 1961 établit une séparation stricte entre la RDA et la RFA. Si certaines entreprises et certains designers allemands avaient auparavant travaillé ensemble au-delà des frontières, le design devient désormais le théâtre d’affrontements politiques entre deux systèmes concurrents. En RFA, il est devenu l’un des éléments majeurs d’une société de consommation dans laquelle les dernières tendances en matière de mobilier et de voiture constituent des signes de richesse convoités.


RFA : Willy Fleckhaus, edition suhrkamp, 1963, © Carsten Wolff, Willy Fleckhaus Archiv c/o Fine German Design, Frankfurt am Main

Les créations telles que les appareils électroménagers minimalistes de Dieter Rams pour la société Braun témoignent d’une meilleure compréhension de la qualité et de la culture du design. L’identité d’entreprise gagne également en importance, comme le montre le logo aux « lèvres pulpeuses » de la capitale fédérale Bonn, conçu par Doris Casse-Schlüter, ou le concept graphique d’Otl Aicher pour les Jeux olympiques (tous deux créés en 1972). Dans le secteur automobile, par exemple, ce sont les modèles de la marque Porsche qui, même s’ils ne sont à la portée que d’une fraction de la population, deviennent avec leurs lignes épurées un symbole du design « Made in Germany », alliant esthétique et art de l’ingénierie.

Le design de cette époque en RDA était géré de manière centralisée pour s’inscrire dans le cadre de l’économie planifiée socialiste. Sous l’égide de l’Office des dessins industriels, il devait contribuer à la fabrication de produits abordables pour une large part de la population et à l’accroissement de la compétitivité. Le principe de la construction de bâtiments à partir d’éléments préfabriqués en béton a permis de créer un espace de vie à grande échelle nécessitant de nouvelles idées de mobilier et de décoration intérieure. La « cloison de rangement MDW » (1968) conçue par Rudolf Horn connaît un immense succès : ce mobilier modulaire polyvalent devient rapidement un élément omniprésent dans les foyers en RDA.

Le design dans l’espace public

Le design joue également un rôle important dans l’espace public, comme l’illustre l’exposition avec les plans originaux du Café Moskau de Berlin. Des œuvres telles que la mosaïque murale d’Erfurt récemment restaurée « La relation de l’homme à la nature et à l’art » (1982-84) de Josep Renau montrent comment le dispositif très répandu d’intégration d’œuvres d’art dans des constructions publiques a façonné le paysage urbain en RDA.

La Trabant joue un rôle clé dans le développement industriel de la RDA, en ac célérant la motorisation de masse de la population. Aujourd’hui encore, la « Trabi », dont la carosserie est en plastique recyclé, est considérée comme un objet culte de la création est-allemande, sa production s’étant arrêtée en 1991 seulement.

De Willy Brandt à la chute du mur en 1989

L’« Ostpolitik » de Willy Brandt dans les années 1970 marque le début d’un rapprochement entre les deux États allemands qui culmine avec la chute du mur en 1989. Le design à l’Est et à l’Ouest reflète une conscience de plus en plus critique durant cette période, alimentée par des événements tels que la crise pétrolière de 1973. La puissance économique de la RDA ne cesse de décliner, mais les designers font preuve d’inventivité. En témoigne la moto « Mokick S50 » (1967-74) conçue par Karl Clauss Dietel et Lutz Rudolph qui est fabriquée selon un principe modulaire pour faciliter la réparation et rendre celle-ci abordable.

D’autres designers se sont tournés vers des techniques artisanales ou de petites séries artistiques. À Berlin-Est en particulier, le design et la sous-culture se sont alliées pour former une scène vivante qui, dans la mode, la photographie, la céramique ou les bijoux, par exemple, a donné naissance à une nouvelle esthétique de la vie quotidienne au-delà de l’économie industrielle planifiée.

RFA : Claudia Skoda, Strickdesign aus der Kollektion »Fruits«, ca. 1978 (Model Irene Staub alias Lady Shiva), © Luciano Castelli, mit freundlicher Genehmigung von Claudia Skoda

L’un des derniers grands projets d’État de la RDA a été l’ordinateur « PC 1715 » de VEB Robotron (1985), qui était réservé en RDA aux entreprises, autorités et universités. La RFA commence également à ressentir les effets des bouleversements économiques dans les années 1970, mais est restée une pionnière en matière de design industriel au niveau international. La Golf de Volkswagen lancée en 1974, par exemple, suscite un nouvel intérêt pour les modèles de voiture compacts et sobres.

Au début des années 1980, Steve Jobs fait concevoir l’un des premiers ordinateurs Apple par Hartmut Esslinger et son agence allemande frogdesign. Dans le même temps, les tendances artistiques et expérimentales en matière de design gagnent du terrain en RFA. Des groupes tels que Pentagon, Ginbande ou Kunstflug, des galeries de design et des expositions expérimentales façonnent ainsi le « nouveau design allemand », dans lequel se mêlent des influences de l’art, du punk ou du kitsch.

Le dialogue politique ouvert entre l’Est et l’Ouest

Le dialogue politique ouvert entre l’Est et l’Ouest permet d’intensifier peu à peu les échanges de projets. Une double exposition transfrontalière est même organisée dans laquelle la RFA présente ses projets à Berlin-Est en 1984/85, tandis que ceux de la RDA sont exposés à Stuttgart en 1988.

Après la chute du mur en 1989, une grande partie de la production industrielle de la RDA est « liquidée » et de nombreux produits qui avaient façonné la vie quotidienne en RDA disparaissent. L’exposition « Le design allemand de 1949 à 1989 : Deux pays, une histoire » place délibérément face à face le design de la RDA et de la RFA en rappelant également des chapitres moins connus de l’histoire du design allemand.

Elle met en évidence l’importance politique du design à l’époque de la guerre froide tout en faisant découvrir une fascinante diversité de styles et d’attitudes en matière de design, qui requiert une vision plus différenciée que celle des contrastes idéologiques entre l’Est et l’Ouest. Pour la première fois, le design allemand de l’après-guerre est considéré sous l’angle d’une histoire commune, avec des différences et des ruptures, mais aussi des points communs et des références croisées.

L’exposition et sa tournée internationale

Après sa présentation au Vitra Design Museum de Weil am Rhein (jusqu’au 05/09/2021), l’exposition sera présentée au Kunstgewerbemuseum, Staatliche Kunstsammlungen Dresden (du 15/10/2021 au 20/02/2022). L’exposition et sa tournée internationale sont parrainées par le ministère fédéral des Affaires étrangères.

L’exposition est accompagnée d’une publication ambitieuse avec des contributions de Paul Betts, Greg Castillo, Petra Eisele, Siegfried Gronert, Jana Scholze, Katharina Pfützner, Eli Rubin, Katrin Schreiter, Oliver Sukrow, Carsten Wolff et bien d’autres, ainsi que des entretiens avec Prem Krishnamurthy, Renate Müller et Dieter Rams. Couverture souple avec rabats, 21,5 x 28 cm, 320 pages, environ 380 photos, ISBN 978-3-945852-44-6 (EN), 59,90 €.

Une exposition du Vitra Design Museum en collaboration avec le Kunstgewerbemuseum, Staatliche Kunstsammlungen Dresden, et la Fondation Wüstenrot

Texte en allemand / Text auf Deutsch

Vitra Design Museum, Charles-Eames-Straße 2, 79576 Weil am Rhein, Allemagne

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