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250 ans de Ludwig van Beethoven

Un chercheur de vérité

Von Elisabeth Brisson

« Ludwig souriant » – Installation sur la Münsterplatz à Bonn en 2019, © statue : Ottmar Hörl ; © photo : Sophia Bonbon

18. März 2020

Fêter la naissance de Beethoven, c’est consacrer la force d’une musique qui « venue du cœur » atteint le cœur de tout auditeur, d’une musique qui « humanise » car elle porte et exprime l’émotion individuelle tout en faisant accéder au Beau, au Bien et au Vrai.

Par-delà tout soupçon de récupération politique ou idéologique, fêter le 250e anniversaire de la naissance de Beethoven est une excellente occasion pour écarter un bon nombre de clichés qui empêchent d’accéder à ses œuvres, donc de les recevoir au plus près de ce qu’elles sont.

Quelques documents authentiques, certes peu nombreux, permettent de situer Ludwig van Beethoven dans son temps et dans son contexte politique et social.

Un goût irrépressible pour la Bildung

Baptisé le 17 décembre 1770, il est né dans une famille de musiciens de cour (celle du prince électeur de Cologne résidant à Bonn sur les bords du Rhin). Son génie a été très tôt remarqué par son père et par Neefe, directeur musical de la troupe de théâtre en résidence à Bonn à partir de 1778 : il a donc reçu une solide formation musicale, d’autant plus que très jeune il a fait partie de l’orchestre de la cour. Soutenu par l’élite sociale et intellectuelle de Bonn, ouverte aux idées nouvelles, celles des Lumières, le jeune Ludwig a acquis une culture et un goût irrépressible pour la Bildung (formation culturelle) qui l’a tenu durant toute sa vie : ainsi, faire œuvre pour venir en aide à l’Humanité, pour promouvoir les droits de l’homme, en particulier la liberté, pour faire triompher la vérité, fait partie de ses exigences fondamentales. Envoyé à Vienne à la fin de 1792 pour parfaire sa formation de compositeur auprès du grand compositeur Haydn (1732-1809), il est vite intégré dans la société des aristocrates mélomanes, sans pour autant abandonner l’idéal révolutionnaire transmis par ses amis franc-maçons à l’époque de la Révolution française : entre autres indices, le projet de mettre en musique les neuf strophes du poème subversif de Schiller An die Freude (A la joie) atteste ses convictions politiques.

Compétences multiples

Pianiste virtuose, il a tellement de succès dans les salons qu’il peut imposer les prix de ses œuvres à ses éditeurs : il publie ainsi sonates pour piano solo, sonates pour piano et violoncelle, pour piano et violon, trios pour piano, violon et violoncelle, trios et quatuors à cordes, concertos pour piano, symphonies… Lorsque aux alentours de 1800 (il n’a pas encore trente ans !), un « démon jaloux se met en travers de sa route » : la surdité, le comble pour un musicien – ce qui lui donne l’impression d’être un imposteur ! Mais lecteur des Vies des grands hommes de Plutarque et des drames de Schiller, il décide de « prendre le destin à la gueule » : il endosse le statut de grand homme, défie le destin et continue à créer. Son secret espoir est d’être nommé maître de chapelle, afin d’avoir une source de revenu stable : quand son prince électeur meurt en exil en 1801 (il avait été chassé de Bonn par les conquêtes de la Révolution française), Beethoven se tourne vers Paris, ville où Bonaparte premier consul, met en place un régime politique et social qui correspond à son idéal…

Mais, la guerre entre la République française et l’empire d’Autriche entrave la réalisation de ce projet auquel il avait consacré la composition de plusieurs œuvres : deux Symphonies (qui seront la 3e et la 5e), un opéra sur un sujet issu de la France révolutionnaire, Fidelio, une Sonate pour piano et violon qu’il dédie au violoniste Kreutzer professeur au Conservatoire de Paris… Ses efforts pour être nommé à un poste officiel à Vienne étant vains, il décide de faire une sorte de chantage en étant sur le point d’accepter le poste de maître de chapelle que lui propose Jérôme Bonaparte nouveau roi de Westphalie : pour faire saisir aux Viennois ce qu’ils allaient perdre en le laissant partir, il organise un énorme concert le 22 décembre 1808 au Theater an der Wien. Ce soir là, dans un froid intense et avec un orchestre mal préparé, il crée la 6e et la 5e Symphonie, le 4e Concerto pour piano, la Fantaisie op.77, quelques hymnes de la Messe op.86, et il couronne l’ensemble de la Fantaisie pour piano, orchestre et chœur op.80. Cette démonstration de ses compétences multiples : pianiste, dramaturge, compositeur pour orchestre, porte ses fruits !

Composition de très grands œuvres

Trois aristocrates acceptent de lui verser une rente régulière : la seule contrainte est de ne pas quitter Vienne ! Il peut donc composer sans se préoccuper de la pression du public, des critiques des connaisseurs, des entrepreneurs de spectacles, de la presse… sa liberté de compositeur éclate alors dans son 5e Concerto pour piano, puis dans ses 7e et 8e Symphonies.Très célèbre et faire-valoir pour l’empereur lors du Congrès de Vienne (1814-1815), il occupe le devant de la scène musicale et est très applaudi. Les festivités éteintes, Beethoven poursuit sur sa lancée créatrice sans se préoccuper de l’horizon d’écoute du public (et des éditeurs) : il compose de très grandes œuvres, chacune lui réclamant un travail de plusieurs années. C’est ainsi que sont produites la Sonate op.106, suivie de ce qui furent les 4 dernières Sonates pour piano (op.101, 109, 110, 111), ainsi que les 33 Variations Diabelli op.120 pour piano, que la Missa solemnis op.123, que la Neuvième Symphonie op.125, avant les derniers Quatuors à cordes (op.127, 130, 131, 132, 135).

Pour pallier les difficultés de communication liées à sa surdité, il a l’idée d’utiliser des carnets de conversation : son interlocuteur écrit ses questions, tandis qu’il répond de vive voix, ce qui nous prive de ses réponses… Mais il utilise souvent les pages comme pense-bête, et parfois même il note des idées musicales… ce qui fait de ces documents un moyen exceptionnel pour avoir une idée de sa sociabilité et de ses centres d’intérêt (toutefois, il a fallu les examiner de près pour éliminer toutes les falsifications introduites par Anton Schindler qui les détenait, avide de soutenir la version qu’il construisait de la biographie de Beethoven !).

Moments historiques

Après le succès de la création de la Neuvième le 7 mai 1824 à Vienne (les auditeurs présents, malgré leur épuisement émotionnel, eurent l’impression de vivre un moment historique !), et le travail intense sur ses Quatuors, il est fortement ébranlé par la tentative de suicide de son neveu pour la tutelle duquel il s’était battu (l’arrachant littéralement à sa mère qu’il jugeait dépravée et indigne d’élever cet enfant de la famille Beethoven !).

Il meurt le 26 mars 1827. Son enterrement grandiose témoigne de l’importance qu’il avait acquise tant à Vienne qu’auprès de tout le monde musical européen.

Ainsi, malgré les difficultés de toute sorte, grâce à une « politique musicale » judicieuse (le choix des dédicataires, les négociations financières avec les éditeurs ou avec les entrepreneurs de théâtre, et les relations avec la presse), Beethoven s’est imposé sur la scène musicale viennoise (même s’il ne cesse de dénoncer ses ennemis), cherchant sans relâche à faire des « progrès dans son art » au point que ses œuvres ont pris une dimension sacrée et qu’elles sont devenues un patrimoine universel.

Fêter la naissance de Beethoven, c’est donc consacrer la force d’une musique qui « venue du cœur » atteint le cœur de tout auditeur, d’une musique qui « humanise » car elle porte et exprime l’émotion individuelle tout en faisant accéder au Beau, au Bien et au Vrai. Comme le pianiste Pascal Amoyel le met en scène dans son spectacle Looking for Beethoven, Beethoven est un « chercheur de vérité » au moyen de sa musique, et cela sans jamais céder à la facilité, quitte à déranger…

Liens : Musée et Maison de Beethoven, Citoyens pour Beethoven, Beethoven : Welt.Bürger.Musik, Beethoven : un nom, deux musées

Concert : La Neuvième Symphonie de Ludwig van Beethoven interprétée par Riccardo Muti et l’orchestre philharmonique de Chicago

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