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Élections au Bundestag 2021

La chute des conservateurs

Von Déborah Berlioz

Qui gouvernera à la chancellerie ? © Alexander Baumann, Shutterstock

07. Oktober 2021

Alors qu’Angela Merkel bat des records de popularité, son parti vient de subir une défaite historique aux élections législatives.

26 septembre, 18 heures : les premiers résultats des élections législatives tombent. Alors que des clameurs de joie retentissent au siège berlinois des sociaux-démocrates (SPD), les conservateurs font grise mine. Il faut dire que le parti, au pouvoir depuis 16 ans avec Angela Merkel, vient de se faire ravir la première place par la gauche. Certes, cela s’est joué à peu. Les sociaux-démocrates du SPD totalisent 25,7 % des suffrages contre 24,1 % pour le bloc conservateur de la CDU/CSU (la CSU étant la branche bavaroise de la CDU). Cependant c’est 8,9 points de moins qu’en 2017, et surtout c’est le plus mauvais score jamais réalisé par les conservateurs qui n’étaient jamais descendus en dessous de la barre des 30% aux élections législatives depuis 1949.

Pour autant, cette défaite historique n’apparait pas comme un camouflet pour la chancelière. En septembre, 80 % des Allemands affirmaient encore qu’elle faisait un « bon travail » selon un sondage publié par la chaîne de télévision ZDF. Mais elle a sa part de responsabilité dans la débâcle selon Paul Nolte, historien à l’Université libre de Berlin. « Sa décision d’attendre les élections pour quitter la scène politique était une erreur », juge l’expert.

En effet, suite aux critiques sur sa politique migratoire et aux mauvais résultats aux élections locales dans le Land de Hesse en octobre 2018, la chancelière décide de quitter la présidence de son parti. Mais elle refuse de démissionner du gouvernement, alors qu’elle a toujours dit que la direction du parti et la chancellerie étaient inséparables. Pourtant son départ n’aurait pas causé de nouvelles élections, juste un changement de gouvernement. « Cela aurait laissé du temps à son successeur pour se former, et il serait arrivé aux élections avec une expérience à la chancellerie, ce qui aurait été un avantage », continue l’historien.

« Angela Merkel a pris ses distances avec la CDU »

De plus, « Angela Merkel s’est distanciée de son parti depuis 2018 », analyse Stephan Bröchler, politologue et professeur à la Haute Ecole d’économie et de droit de Berlin. Cela s’est vu pendant la campagne. Elle n’a soutenu que tardivement et timidement le candidat conservateur Armin Laschet. »

Il faut dire que le ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie n’était certainement pas le premier choix d’Angela Merkel pour sa succession. « Elle aurait sûrement aimé qu’Ursula von der Leyen, l’actuelle présidente de la commission européenne, prenne sa place. Mais la CDU reste encore un parti d’hommes et Angela Merkel n’a pas réussi à imposer son choix. » Résultat, la chancelière a pris ses distances. Un petit lapsus lors de sa dernière conférence de presse d’été l’a bien montré. Interrogée sur son programme pour la soirée électorale, Angela Merkel a répondu : « Je n’ai pas encore réfléchi mais je serai certainement avec le parti dont je suis proche », avant de se reprendre : « dont je suis membre ».

Ayant presque oublié sa carte du parti, la chancelière ne s’est d’ailleurs pas immiscée dans le choix du candidat des conservateurs en début d’année. Pourtant le parti a bien failli se déchirer sur cette question. Armin Laschet, président de la CDU depuis janvier 2021, paraissait en effet le candidat naturel à la chancellerie pour les législatives. Mais son investiture a été contestée par Markus Söder, le chef du parti frère bavarois, la CSU. Le 11 avril, il déclare sa candidature et il s’ensuit une véritable guerre interne. Alors que le Bavarois est plus populaire au sein de la base, les instances dirigeantes du parti se décident pour Armin Laschet. Mais le mal est fait et l’image d’un candidat dont le propre parti ne veut pas va lui coller à la peau. D’autant plus que Markus Söder traine des pieds pour le soutenir. Plus d’une fois pendant la campagne le Bavarois sous-entend qu’il aurait mieux fait que son ancien adversaire. Et il n’avait sans doute pas tort.

Markus Söder : un meilleur candidat ?

« Certains sondages disent qu’il aurait pu réunir jusqu’à 37 % des voix s’il avait été le candidat de la CDU/CSU », confirme Stephan Bröchler. Contrairement à Laschet qui est dans la lignée directe de Merkel, Söder se différencie davantage de la chancelière. Il est plus à droite, plus clivant. « Angela Merkel a emmené son parti vers la gauche, au centre de l’échiquier politique. Elle a ainsi réussi à séduire une partie des électeurs du SPD, mais elle en a aussi perdu à droite, notamment vers l’Alternative pour l’Allemagne (AfD).  Söder aurait pu reconquérir une partie de cette base électorale, mais aussi certains abstentionnistes. » A l’inverse, il aurait fait figure d’épouvantail pour les électeurs les plus centristes. Mais même avec Laschet, beaucoup de centristes ont quitté le navire conservateur. 1,4 millions d’électeurs qui avaient voté pour la CDU en 2017 ont cette fois donné leur voix au SPD.

 « Les Allemands sont contents d’Angela Merkel, mais ces derniers mois ils sont de plus en plus nombreux à exprimer une envie de changement, remarque Paul Nolte. Cela a largement profité au SPD dont les membres ont fait campagne comme s’ils étaient dans l’opposition alors que sur les 23 dernières années, ils en ont passé 19 au gouvernement. »

En même temps, Olaf Scholz, actuel ministre des finances, s’est largement mis en scène comme l’héritier de Merkel, allant même jusqu’à imiter le « Merkel Raute », le fameux losange formé avec les mains, qui caractérise la cancelière. « Il a réussi à incarner simultanément ces deux besoins des Allemands : d’un côté la stabilité, la continuité, et de l’autre le changement », continue l’historien.

De plus Olaf Scholz a largement profité des erreurs des autres candidats. Annalena Baerbock et le conservateur Armin Laschet ont en effet multiplié les faux pas. On reproche notamment au dernier un fou rire lors d’un déplacement consacré aux inondations en juillet dernier. De quoi ruiner l’image de gestionnaire fiable qu’il espérait installer. De plus, contrairement aux conservateurs, les sociaux-démocrates ont nommé tôt leur candidat et n’ont fait qu’un bloc derrière lui, laissant leurs divergences au vestiaire le temps de la campagne.

Des négociations difficiles

Les sociaux-démocrates ont donc réussi une véritable remontée fantastique. Crédités de 15 % des intentions de vote en juin dernier, ils ont fini en tête de la course. A l’inverse les Verts n’ont obtenu que 14,8 % des suffrages. Certes, c’est presque six points de plus qu’en 2017, mais cela reste largement en dessous des espérances. Quant à l’extrême-gauche de die Linke, elle n’a même pas dépassé la barre éliminatoire des 5 % des voix. Avec un score de 4,9%, ils ne devraient même pas pouvoir siéger au Bundestag. Toutefois, ils ont remporté trois mandats directs, ce qui leur permet de passer outre la règle des 5 % et d’envoyer 39 députés au parlement.

Quoique Olaf Scholz soit sorti vainqueur du scrutin, rien ne garantit qu’il devienne chancelier. La tradition veut que celui qui arrive en tête forme un gouvernement mais ce n’est pas une obligation. Armin Laschet l’a donc précisé dès le soir de l’élection : il va donc lui aussi tenter de former une coalition.

Trois scénarios sont désormais possibles : la continuation de la « grande coalition » du SPD et de la CDU (avec Olaf Scholz du SPD comme chancelier), une coalition réunissant la CDU, les Verts et les libéraux du FDP (coalition dite « jamaïcaine » car, comme le drapeau de ce pays des caraïbes, elle réunit le noir, couleur des conservateurs, le jaune du FDP et le vert des écologistes) ou une alliance du SPD avec les écologistes et le FDP (« Ampelkoalition », la coalition du feu tricolore, en référence au rouge du SPD, au jaune des libéraux et au vert de Die Grünen).

Si les libéraux affichent clairement leur proximité avec les conservateurs, les Verts n’ont cessé de répéter leur préférence pour le SPD pendant la campagne. Les négociations ne seront donc pas aisées et Angela Merkel se voit dans l’obligation de rester au pouvoir jusqu’à la nomination définitive du prochain chancelier. 

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