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Réchauffement climatique

La course contre le temps

Von Sophia Bonbon

La mer des Wadden en Basse-Saxe, © pixabay, Werner Longerich

21. Februar 2020

En octobre 2018, une île de l’archipel d’Hawaï a disparu après le passage d’un violent ouragan. East Island, un Monument national marin de Papahanaumokuakea n’existe plus – un désastre écologique lié au changement climatique. Beaucoup d’autres îles, aussi en Europe et notamment en Allemagne, sont menacées de disparaître.

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l’admettre » telle fut la célèbre phrase du discours de Jacques Chirac au IVe Sommet de la Terre – prononcée le 2 septembre 2002 à Johannesburg.

Les îles allemandes en voie de disparition

On entend très peu parler des îles allemandes de la mer du Nord ou de la mer Baltique. Si peu, qu’elles sont pour certains un secret bien gardé. Pourtant, elles existent bien et sont, hélas fortement menacées. Ces îles sont entourées en partie par la mer des Wadden inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. Ses paysages sensationnels, entre terre et mer, sont rythmés par les marées et cachent  un écosystème unique. Les phoques en sont le symbole : pour eux, c’est le lieu idéal pour se reposer et nourrir leurs petits en toute tranquillité. C’est également une zone primordiale pour les oiseaux migrateurs. Les marais salés comprennent 2300 espèces de la flore et de la faune et les zones marines et saumâtres 2700 espèces de plus ainsi que 30 espèces d’oiseaux reproducteurs.

Les Lands allemands du Schleswig-Holstein et de Basse-Saxe mènent un combat acharné pour sauver leurs îles exceptionnelles. En particulier, les îles Halligen, une dizaine d’îlots peu peuplés, dépourvus de digues (à l’exception de Hallig Hooge) et dont les quelques habitations sont construites sur de petites collines artificielles, appelées Warften,  ainsi que les îles les plus importantes de la Mer du Nord comme les îles de Frise orientale, Borkum, Norderney et Baltrum (nommée la belle au bois dormant), et les îles de la Frise du Nord comme Amrum.

Hallig Hooge, © Shutterstock

Le combat ne fait que commencer

Plus de 30 millions d’euros ont été débloqués pour aider ces îles menacées. Les insulaires s’organisent en construisant des murs contre les inondations et en augmentant de nouveau la hauteur des digues face à l’élévation du niveau de la mer. Les pelles mécaniques pour les travaux de dragage sont très actives… et bruyantes. En plus, le vent souffle si fort que même les dunes marchent de 4 à 5 mètres par an. Paniqués par les phénomènes météorologiques extrêmes, dix familles d’Europe et du monde entier ont porté plainte contre le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne « pour avoir autorisé un niveau trop élevé d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 et ainsi ne pas avoir protégé les citoyen·ne·s du réchauffement climatique ».

Maike et Michael, deux insulaires de Langeoog, une île de la Frise orientale sont les deux Allemands qui se sont joints au Peoples Climate Case. C’est l’avenir de leur famille, leurs amis, leurs traditions et surtout de leurs enfants qui est en jeu. Ils vivent sur cette île depuis quatre générations. Les dunes de sable protégeant les ressources en eau douce de Langeoog sont détruites après chaque tempête. Ces vents violents détruisent les dunes si importantes pour la survie des habitants qui dépendent de cette eau douce. Les plages et les dunes sont surélevées à l’aide d’une canalisation qui transporte régulièrement des centaines de milliers de mètres cube de sable. Cette plainte n’a pas été publiée pour éviter de faire boule de neige. Mais l’un des buts de ces familles étant d’alarmer la population, elles ont elles-mêmes contacté la presse pour que l’information lui soit transmise. La plainte a été rejetée au mois de juillet 2019 : le tribunal de première instance de l’UE a conclu dans sa décision qu’ « Il est vrai que chaque individu est probablement affecté d’une manière ou d’une autre par le changement climatique ». « Pour autant, le fait que les impacts puissent différer d’une personne à l’autre ne signifie pas qu’il y ait un statut permettant d’agir contre une mesure d’application générale », ajoute-t-il, renvoyant aux juridictions nationales.  Les plaignants font appel de la décision du tribunal. Le combat continue.

Sauve qui peut

D’après le Rapport des Nations unies sur le climat dans le monde, l’élévation du niveau de la mer atteindra près de 80 centimètres voire plus d’ici la fin du siècle. Beaucoup de jeunes insulaires ont déjà quitté les îles pas seulement à cause du manque de travail mais aussi pour se réfugier sur le continent. D’autres persistent : pas question de quitter l’île de leurs ancêtres.

Alors que les uns voient leur existence en danger, d’autres,  soucieux du climat, renoncent à prendre l’avion et décident de rester en Allemagne pour passer leurs vacances. Mais malgré les mouvements Fridays for Future ou Extinction Rebellion, un grand nombre d’Allemands ignorent la crise climatique et le sort dramatique des îles qui semblent grignotées de toutes parts par les courants marins, l’érosion et la montée des eaux.

L’île de Sylt, © Shutterstock

L’île de Sylt, le paradis des riches Allemands, où le champagne coule à flots, surnommée la reine de la mer du Nord, serait la première à disparaître. Étant située le plus au nord, c’est elle en effet qui de par sa position protège encore les autres îles des conséquences du réchauffement climatique. Elle fait partie des îles de la mer des Wadden, de ce haut lieu de reproduction d’espèces en voie de disparition. En fait, c’est la course contre le temps : qui disparaîtra en premier, si rien ne change ? Ces îles ou leur faune et leur flore ?

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