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Aéroport de Berlin

Work in Progress ?

Von Pascal Reine-Adelaide

© Adobe Stock

14. Oktober 2019

C’est une blague berlinoise : « Les Mexicains se disent prêts à accepter le mur que souhaite construire Donald Trump à la frontière mexicano-américaine, si les ingénieurs allemands qui construisent l’aéroport de Berlin s’en chargent. »

Avec plus de 7 ans de retard, l’Aéroport Willy-Brandt de Berlin-Brandebourg, qui devait « propulser Berlin vers le futur », n’est toujours pas ouvert. Le secrétaire d’Etat aux Transports, Michael Güntner, lui, ne rit plus et demande par un courrier rendu public et envoyé à la société qui gère l’aéroport qu’il lui soit donné des garanties quant à son ouverture en 2020.

Pourtant, tout avait presque bien commencé. En 2006, les travaux de l’Aéroport Willy-Brandt de Berlin-Brandebourg, le BER, sont lancés en grandes pompes, les médias sont là, la photo va rester : Le maire de la ville de Berlin « pauvre mais sexy », Klaus Wowereit, est là ainsi que le ministre président du Land de Brandenbourg, Matthias Platzeck. En costume et en cravate, ils ont une pelle à la main, histoire de montrer l’engagement de tous autour de ce gigantesque projet. Le budget lui aussi est important : 1,5 milliards d’euros.

Il s’agit en effet de lancer la construction d’un véritable aéroport international à Berlin, redevenue capitale depuis 1990. « Tous les jours, les entreprises internationales nous rappellent que ce n’est pas drôle de devoir faire escale à Francfort ou Munich, c’est impensable que l’aéroport de la capitale de la première puissance économique européenne ne propose que 7 destinations directes en longs courriers », déclare Jan Eder, le chef de la Chambre berlinoise de commerce et d’Industrie. Bruxelles, l’européenne, en propose plus d’une trentaine.

Un management approximatif

Le BER sera grandiose et devra répondre aux exigences de tous : beau, moderne, écologique, économe, pratique, à l’image de l’Allemagne. L’architecte Meinhard von Gerkan qui a réalisé la gare centrale de Berlin, est désigné pour concevoir l’aéroport. Mais très vite les doutes viennent assombrir le beau tableau. Déjà au moment du lancement des travaux, le code choisi pour l’aéroport, BBI, fait sursauter les plus perspicaces. BBI est en effet le code d’un petit aéroport en Inde ! Personne n’avait vraiment vérifié. BBI deviendra alors BER !

Les personnes en charge de la construction de l’aéroport ne sont pas des professionnels ou des techniciens mais bien des élus politiques. Le consortium créé pour piloter les travaux, réunit en effet des élus de la ville Land de Berlin, du Land du Brandebourg et de l’état fédéral allemand.
Une société est créée : le Flughafen Berlin-Brandenburg. Mais plutôt que de confier la gestion à un entrepreneur général, elle va tout gérer seule, sans expérience, ce projet quasi pharaonique.
Pour Jobst Fiedler, professeur à la Hertie School of Governance de Berlin et auteur d’une étude sur l’aéroport, « c’était pour eux un projet unique dans leur vie: ils n’avaient jamais traité un projet de cette complexité. »

Des dysfonctionnements à la pelle

La construction avance, les premières rumeurs sortent dans les médias. On dit que le maire Klaus Wowereit a insisté pour que l’aéroport soit beau, très beau avec des mobiliers luxueux et coûteux. Mais ce n’est pas le plus grave. L’inauguration prévue en 2011 est repoussée une première fois.
Ce sera 2012 puis quelques mois plus tard alors que les invitations sont lancées, la chancelière Angela Merkel est invitée, deuxième report. Ce sera 2013. Officiellement de graves dysfonctionnements de sécurité incendie ont été découverts.

La presse fouille et fait état de problèmes bien plus importants : Le toit menace de s’effondrer, des escaliers mécaniques sont trop courts ou trop longs, des portes automatiques fonctionnent de manière anarchique. De toutes façons elles sont mal numérotées… Les murs prennent l’eau.
Le nombre de guichets d’embarquement est insuffisant. Certaines compagnies aériennes devront accueillir leurs clients devant le terminal sous des tentes. Tollé ! Un éditeur malin tire même de ce fiasco un jeu de société que l’on peut acheter sur Amazon : le BER Pannen Quartett !

L’histoire de la construction de l’aéroport est une suite d’errements et d’erreurs de management dignes des plus grands bêtisiers qu’on regarde à la télévision le soir de la saint sylvestre en rigolant. On parle de 150 000 défauts de fabrication depuis son lancement. Des soupçons de corruption sont même évoqués. Jobst Fiedler pense que dès 2012 et le premier report d’ouverture il aurait fallu prendre « la décision de vider totalement le bâtiment et de démanteler toutes les installations compliquées (…). Si cela s’était produit, l’aéroport aurait déjà fonctionné depuis longtemps, avec des installations plus récentes et moins complexes. »

Au lieu de cela, les directions multiples s’entêtent et les retards s’accumulent entraînant une inflation des dépenses. On parle aujourd’hui d’une facture de plus de 7 milliards d’euros soit plus de 4 fois le prix initial. Chaque mois le seul maintien en fonctionnement de l’aéroport vide coûte près de 10 millions d’euros d’entretien, de sécurité et de maintenance des structures présentes.
300 et 500 employés y travaillent presque tous les jours. Des Berlinois ont créé un site qui comptabilise heure par heure ce que coûte le BER : https://www.flughafen-berlin-kosten.de/

Une ouverture en 2020 ?

Aujourd’hui, les doutes subsistent. Les plus pessimistes disent même que l’aéroport n’ouvrira jamais ses portes en l’état tel Thorsten Dirks, un dirigeant de Lufthansa : « Mon pronostic: la chose sera démolie et construite à nouveau ».

Les moins pessimistes eux disent que dans tous les cas l’aéroport est déjà trop petit: il était conçu au départ pour 27 millions de passagers. Or, les deux aéroports historiques de la ville, Tegel et Schoenefeld, ont accueilli, en 2017, 32 millions de visiteurs attirés par la ville qui est devenue entre temps une des capitales les plus visitées en Europe. Le directeur de l’aéroport, Engelbert Lütke Daldrup, lui, reste confiant : « Tous les experts me disent qu’il n’y a aucune lacune à l’aéroport BER que nous ne pouvons pas réparer… Je suis convaincu que le BER sera mis en service en octobre 2020. »

En attendant il faut remplacer tous les ordinateurs, les écrans d’affichage qui sont dans l’aéroport ; avec le temps ils étaient devenus obsolètes. Coût de l’opération : 500 000 €. Car comme le disent les Berlinois, moqueurs, « il faut absolument qu’à l’ouverture de l’aéroport après 15 ans de travaux, tout fonctionne…»

Les Berlinois, c’est vrai, ont de l’humour.

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