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Tesla dans le Brandebourg

Sous tension

Von Déborah Berlioz

Tesla 3, © TierneyMJ / Shutterstock.com

21. Dezember 2019

Question électromobilité, les constructeurs automobiles allemands sont à la traîne. De plus, ils viennent de recevoir un bon coup de semonce. Tesla, le pionnier américain de la voiture électrique, arrive sur leurs terres.

La surprise était presque générale en novembre dernier quand Elon Musk a annoncé le site de la prochaine usine Tesla. Après les Etats-Unis et la Chine, c’est en Allemagne que sera érigée la quatrième « Gigafactory », ou usine géante, du pionnier de la voiture électrique. Quelque 8000 employés devraient y produire jusqu’à 150 000 véhicules par an, notamment les modèles Y et 3, les plus abordables du catalogue du constructeur.

 « On savait depuis longtemps que Tesla voulait s’installer en Europe, explique Martin Gornig, de l’Institut allemand pour la recherche économique (DIW). L’Allemagne était évidemment une option, mais pas un choix évident car les coûts de production sont élevés. D’un autre côté, la République Fédérale reste le pays de la voiture et dans l’automobile le « made in Germany » a encore une vraie valeur. »

Si Elon Musk dit adorer la capitale allemande, où il vient souvent, son choix aurait été avant tout motivé par la présence d’ingénieurs et de travailleurs très qualifiés. « Tout le monde sait que l’ingénierie allemande est extraordinaire », a déclaré l’entrepreneur. Pourtant il n’a pas décidé de s’installer dans une région traditionnellement marquée par l’industrie automobile, comme la Bavière ou le Bade-Wurtemberg où sont basés Mercedes, Porsche et BMW. L’usine Tesla devrait voir le jour  à Grünheide dans le Brandebourg, près de Berlin. « Cette région offre une combinaison assez unique, explique Martin Gornig. Elle est proche d’une grande métropole où existent déjà de nombreuses infrastructures de recherche et en même temps elle est peu peuplée et dispose de grands espaces libres et peu chers ». Tesla veut en effet construire son usine sur un terrain de 300 hectares. « Trouver ce genre d’espace près de Munich ou de Francfort est presque impossible », assure l’expert.

Un mix énergétique favorable

De plus, aucun Land allemand ne produit plus d’électricité verte par habitant que le Brandebourg. Un critère non négligeable pour une entreprise qui se veut respectueuse de l’environnement. Cette question énergétique aurait même été décisive selon le ministre-président de la région, le social-démocrate Dietmar Woidke. D’autres, peut-être plus cyniques, mettent davantage l’accent sur les subventions dont pourrait bénéficier l’entreprise américaine. L’économie du Brandebourg n’étant pas des plus dynamiques, la région offre en effet des aides à l’investissement pour attirer les entrepreneurs. Toutefois les politiques allemands restent discrets sur la question, et aucune aide n’a été confirmée pour le moment.

« Mais Musk ne va pas seulement en Allemagne parce que Berlin est sexy et qu’il y trouve les meilleurs ingénieurs, juge un éditorialiste du journal berlinois Morgenpost. Il vient aussi parce que l’industrie automobile allemande a complètement fait l’impasse sur l’électromobilité pendant des années. » Pour ce journaliste, l’arrivée de Tesla est « une déclaration de guerre » envers les marques de son pays. « Les Allemands sont en retard sur le sujet, notamment parce qu’ils gagnaient encore beaucoup d’argent avec les anciennes technologies, confirme Martin Gornig. Par ailleurs les constructeurs s’interrogent encore sur la meilleure technologie à adopter à l’avenir, sur le type de batterie, etc. Or les investissements sont très importants, donc faire le mauvais choix peut avoir de lourdes conséquences. Aucun n’a donc forcément envie d’être le premier à se lancer. »

L’urgence du tournant technologique

Résultat : seuls 1,7% des véhicules immatriculés en Allemagne entre janvier et Octobre 2019 sont électriques. 17,6% de ces voitures sont des Tesla, faisant de l’américain le leader sur le marché allemand, devant Renault et BMW. Des chiffres que le gouvernement allemand aimerait bien voir évoluer. Il faut dire que le pays ambitionne de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 55% d’ici 2030 par rapport à leur niveau de 1990 et que les transports représentent un cinquième des émissions de CO2 de l’Allemagne. Après le dernier sommet de l’automobile cet automne, le gouvernement d’Angela Merkel a donc annoncé un grand plan en faveur de l’électromobilité. Les primes à l’achat des véhicules électriques seront augmentées et 50 000 nouvelles stations de recharge devront être installées dans tout le pays avant 2022.

Quant aux constructeurs allemands, ils semblent enfin se réveiller. Preuve en est la profusion de modèles électriques présentés à la foire internationale de l’automobile de Francfort en septembre dernier. A la tête de l’offensive électrique on retrouve surtout Volkswagen. Désireux de faire oublier le scandale des moteurs Diesel truqués, l’industriel multiplie les annonces chocs ces derniers temps. Il devrait notamment investir 30 milliards d’euros dans les trois prochaines années afin de transformer ses usines et de produire toujours plus de véhicules électriques. Le site de Zwickau a déjà été remanié et produit depuis Novembre la première voiture électrique de série de la marque, l’ID.3. Le constructeur assure même ne plus vouloir vendre de voitures traditionnelles dès 2040.

« Nous devrons aller plus vite que l’aéroport »

«Certes l’arrivée de Tesla est un coup de semonce pour les constructeurs allemands, mais c’est aussi une chance, assure Martin Gornig. Cela va encourager l’installation de sous-traitants, comme des constructeurs de batteries, et cela va profiter à tout le monde. La concurrence stimule les affaires comme on dit ! »

Une chose est sûre, Elon Musk ne veut pas perdre de temps. Selon ses plans, les premières voitures devraient sortir de son usine allemande dès 2021. « Nous devrons aller plus vite que l’aéroport », a ironisé l’entrepreneur, rappelant les années de retard accumulés dans la construction du nouvel aéroport berlinois. Si certains commentateurs le jugent trop optimiste, Martin Gornig n’exclut pas qu’il réussisse. « Une usine automobile n’est pas aussi complexe qu’un aéroport, assure l’expert. Par ailleurs c’est un tel objet de prestige pour les politiques que cela devrait être faisable. »

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