Mario Adorf:
Chez lui en France comme en Allemagne

Mario Adorf: Chez lui en France comme en Allemagne
  • Publiéavril 22, 2026
Foto von Klaus Hofmann und Mario Adorf, beide tragen Anzug und Krawatte
Notre auteur avec Mario Adorf à Mayence lors de la remise du prix Mario Adorf « Le Dragon de verre », décerné par SCHOTT (Copyright : privé)

Mario Adorf est décédé le 8 avril à Paris à l’âge de 95 ans. Notre auteur, qui l’a connu, revient sur la relation que le comédien entretenait avec la France et sur sa vie, à cheval entre les cultures.

 

Mario Adorf était chez lui en France comme en Allemagne. Sa femme Monique était originaire de Saint-Tropez. Ils y ont vécu de nombreuses années. Il l’avait rencontrée par l’intermédiaire de Brigitte Bardot – Monique était son amie. Lui, en Allemagne déjà une star, n’était à Saint-Tropez que « le mari de Monique ». Du moins au début.

Il s’était déjà fait remarquer en 1957 dans le rôle du tueur en série naïf et brutal Bruno Lüdke dans Nachts, wenn der Teufel kam de Robert Siodmak. C’était bien avant les films Winnetou tournés dans les années soixante. Il creva ensuite l’écran dans le rôle du méchant Santer qui abat la sœur de Winnetou, Nscho-Tschi – un gangster brutal, froid et sans scrupules, un homme sans morale. La douce et idéalisée Nscho-Tschi était interprétée par la Française Marie Versini, qui magnifia la scène par le contraste qu’elle incarnait : ici le méchant brutal ; là, la victime pure et suscitant l’empathie.

 

L’homme de l’Eifel

Les films d’Adorf ont très tôt attiré mon attention sur son parcours européen. Adorf était né à Zurich et avait ensuite été élevé par une mère célibataire dans l’Eifel, dans des conditions très modestes. Son père, chirurgien italien à Zurich, marié par ailleurs, avait quitté sa mère alors qu’elle était encore enceinte. Beaucoup de choses ont été écrites sur la fascination d’Adorf pour l’Italie, de même que sur son rapport avec le pays d’origine de son père. Son apparence latine en était d’ailleurs peut-être la meilleure incarnation. Du point de vue intérieur, explique la FAZ, il aurait décrit son désir d’« Italie comme quelque chose de très allemand ». Dans des talk-shows, il aimait à souligner à quel point la région de son enfance l’avait marqué. Est-ce un cliché de dire que c’est justement le contraste avec la Marie Versini qui a « affiné » son profil ? La voix grave, la démarche lourde, le manque d’élégance : pour moi, Adorf est toujours resté associé à l’Eifel.

 

Entre SCHOTT et scène

École, baccalauréat, quelques semestres à l’université de Mayence. Dans une émission télévisée, mon collègue Jürgen Breier l’avait entendu dire qu’il n’était pas seulement acteur, esprit cultivé et auteur, mais qu’il savait aussi ce que c’était que de travailler dur. Ainsi, pendant ses études, il aurait gagné sa vie comme mélangeur de béton et plieur de fer dans les ateliers de SCHOTT.

 

Fabrikgebäude, schwarz-weiß
Depuis 1952, le siège de SCHOTT AG se trouve à Mayence (Copyright : Wikimedia Commons)

 

C’est ainsi que nous l’avons l’invité à Mayence pour le 50ème anniversaire de l’entreprise et la production du 250 millionième écran de télévision. Il est venu et a donné un éclat tout particulier à l’événement. Le contact est resté. Adorf est même revenu à Mayence lors de sa tournée d’adieu. Les cérémonies se sont ensuite succédées. Il avait beaucoup à raconter, de longues histoires, des anecdotes entretemps publiées. Rome, Saint-Tropez, Munich, Paris. Il avait joué de nombreux rôles auxquels, disait-il, il ne s’identifiait pas : il « se contentait » de les interpréter. Dans les traces de Brecht. Un professionnel.

 

Entre Monique et Gabin

Pour moi, sa relation avec la France était plus importante que celle qu’il entretenait avec l’Italie, et pas seulement à cause de sa femme, Monique. Dans ce contexte, il est étonnant qu’il ait si rarement tourné aux côtés de stars françaises – le seul acteur d’importance avec lequel il est apparu à l’écran étant Alain Delon dans Les Aventuriers.

 

Drei Männer in schicker Kleidung und mit Bierkrügen in der Hand
Alain Delon, Mario Adorf et Axel Ganz lors d’une fête de la bière au Plaza Athénée à Paris (Copyright : Alamy)

 

J’ai cherché un acteur français dont l’impact serait comparable à celui d’Adorf. J’avais entendu dire qu’il rappelait Jean Gabin, star mondiale que la France considérait comme le « père de la nation ». On ne peut certes pas dire la même chose d’Adorf mais, comme Gabin, il est resté pendant des décennies proche du public, non seulement au cinéma, mais dans la société, auprès des jeunes comme des plus âgés.

 

Deux carrières, deux empreintes

Mon parcours franco-allemand m’a amené à chercher un acteur français dont la popularité pourrait être comparée à celle de Mario Adorf en Allemagne. C’est Lino Ventura qui m’est venu à l’esprit, malgré les différences évidentes entre les deux hommes – tant sur la toile que sur le plan personnel.

 

schwarz-weiß, Mann mit Anzug und Fliege
Lino Ventura à Taormine, 1974 (Copyright : Wikimedia Commons)

 

Lino Ventura avait onze ans de plus ; à l’époque, cet écart comptait pour beaucoup. Tous deux avaient néanmoins en commun d’être des passeurs entre les mondes : marqués par une double origine, leurs parcours personnels présentaient de nombreux points de convergence. Ici, Mario Adorf, germano-italien, là, Ventura, italo-français, tous deux issus de milieux difficiles. Des caractères qui s’imposent, deux hommes qui savaient ce qu’ils faisaient. La réserve émotionnelle des personnages incarnés par Ventura le rendait, à mes yeux, moins menaçant que la complexité morale des figures d’Adorf. Adorf montrait des fractures, Ventura de la dureté.

 

Deux biographies à l’ombre de la guerre

Né en 1930, Adorf avait été membre des Jeunesses hitlériennes durant sa jeunesse – non par conviction mais sous la pression sociale à laquelle il pouvait difficilement se soustraire. Il en parlait ouvertement, n’excusait rien et ne cessait de rappeler les scènes de peur et de violence qu’il avait été contraint de vivre. Il fut enrôlé dans le Volkssturm en 1945. Il évoqua plus tard cette période, expliquant ce qui peut advenir lorsque les hommes cessent de douter.

 

Filmausschnitt, Mann schaut ein Foto von Adolf Hitler an
Mario Adorf dans « Le Tambour », adaptation cinématographique du roman de Günter Grass réalisée par Volker Schlöndorff (1979) (Copyright : Alamy)

 

Lino Ventura, né en 1919, citoyen italien d’abord mobilisé dans l’armée, déserta en 1943 pour ne pas avoir à se battre contre sa patrie d’adoption, la France. Il passa les deux dernières années de la guerre caché dans une grange à Baracé, dans l’ouest de la France. Lui aussi évoqua la peur et l’immobilité qui marquèrent cette période. On le décrivait comme le grand silencieux. Dans sa vie privée, il s’engagea pour la fondation Perce-Neige, venant en aide aux enfants en situation de handicap mental.

 

Monique et Odette – deux trajectoires

La Française Monique Faye connaissait Mario Adorf depuis de nombreuses années lorsqu’elle l’épousa en 1985. Il avait déjà derrière lui une grande carrière. Odette Lecomte, quant à elle, fut le grand amour de jeunesse de Lino Ventura et joua un rôle central et durable dans sa vie. Ils se marièrent en 1942 et eurent quatre enfants. Dans leur rapport au public, les deux acteurs différaient fortement : Ventura le fuyait – peu d’interviews, pas de culte de la célébrité, refus des prix – tandis qu’Adorf, lui, en faisait largement usage.

Ce fut une chance de rencontrer Mario Adorf. Chez SCHOTT, il nous a accordé de son temps. Un grand acteur et un homme remarquable.

 

L’auteur

Klaus Hofmann (Copyright: Klaus Hofmann)
Klaus Hofmann (Copyright: Klaus Hofmann)

Après avoir travaillé pour la Commission européenne à Bruxelles, Klaus Bernhard Hofmann a rejoint Erfurt en tant que porte-parole du ministère de l’Économie. À partir de 2000, il a été porte-parole de l’entreprise et directeur des relations publiques/affaires publiques de Schott AG et, de 2006 à 2010, directeur général de Schott Jenaer Glas GmbH. Pour Schott, il a été membre du conseil d’administration de l’Association fédérale de l’industrie solaire (BSW) à Berlin et de la Fédération européenne des énergies renouvelables (EREF) à Bruxelles. En 2011, il a été membre de l’équipe de compétences de Julia Klöckner. Depuis 2014, il est directeur de la communication de VAA Führungskräfte Chemie.

 

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