Cyclisme :
Quand Donald Trump s’attaquait au Tour de France

Cyclisme : Quand Donald Trump s’attaquait au Tour de France
  • Publiéseptembre 3, 2026
Zielankunft einer Radstrecke mit einem großen Banner mit der Aufschrift "Tour de Trump"
Le Tour de Trump en 1989: la course devait être la réponse américaine au Tour de France (Copyright : Wikimedia Commons)

À la fin des années 1980, Donald Trump a donné son nom à une course cycliste organisée sur la côte Est des États-Unis. Celle-ci devait être la réponse américaine au Tour de France. Des coureurs allemands et français étaient également de la partie.

 

Les courses cyclistes portent généralement le nom de pays, de régions, de villes ou d’entreprises. Mais un homme a rompu avec cette tradition et il n’est guère surprenant qu’il s’agisse de Donald Trump. Aujourd’hui installé à la Maison Blanche, l’homme au narcissisme incomparable s’est autrefois essayé au rôle de mécène du cyclisme. Le résultat : une course au nom pour le moins singulier, le Tour de Trump. À l’image de celui qui lui avait donné son nom, le projet se voulait démesuré. L’objectif l’était tout autant, si ce n’est plus : dépasser en notoriété le Tour de France, à l’époque déjà la plus grande course cycliste au monde.

Le Tour de Trump – un nom qui avait presque des allures de plaisanterie – s’inscrivait parfaitement dans la stratégie du milliardaire : promouvoir sa personne, ses entreprises et ses affaires. Trump n’hésita donc pas une seconde lorsque le commentateur de télévision et homme d’affaires Billy Packer lui soumit l’idée de sponsoriser une course cycliste. Packer proposa de baptiser le projet « Tour de Trump », une idée que son financier accueillit avec enthousiasme.

 

250 000 dollars !

Packer ne voulait cependant pas organiser une course de kermesse. Il voulait jeter les bases d’une épreuve internationale de tout premier plan : le nom de Trump devait en être le garant. Trump entra volontiers dans le jeu : il imaginait le show comme une compétition réunissant les meilleurs coureurs sous sa bannière. Sur le papier, le projet était effectivement prometteur : 250 000 dollars de primes, soit à l’époque la deuxième dotation la plus importante pour une course cycliste – après le Tour de France –, dix étapes, 1 345 kilomètres au total et cinq États de la côte Est traversés. Le départ devait être donné le 5 mai 1989. Pour les professionnels, la date était toutefois délicate puisque le Giro d’Italia et, à l’époque, le Tour d’Espagne se déroulaient au même moment. De nombreux coureurs italiens et espagnols allaient donc manquer à l’appel.

 

Rechts ein Mamm mit einer Startschusspistole, links
Donald Trump donne le départ de la première édition du Tour de Trump, le 5 mai 1989 à Albany, dans l’État de New York (Copyright : Alamy)

 

114 coureurs issus de quinze pays prirent finalement le départ. Ils étaient répartis entre huit équipes professionnelles et onze formations amateurs. Parmi elles figurait Sauna Diana, une équipe néerlandaise sponsorisée… par une maison close. La liste des engagés comptait également les vedettes américaines de l’époque Greg LeMond et Andrew Hampsten, le Mexicain Raul Alcala ainsi que les stars néerlandaises Steven Rooks, Gert-Jan Theunisse et Henk Lubberding. LeMond et Hampsten étaient réunis sous les couleurs de l’équipe américaine Seven Eleven. Un jeune coureur ouest-allemand encore largement inconnu du grand public figurait lui aussi dans le peloton : Rolf Aldag. À seulement 20 ans, il était encore amateur et se trouvait au tout début d’une carrière qui allait faire de lui l’un des coureurs professionnels allemands les plus connus. Aldag prouva qu’il était tout à fait capable de rivaliser avec les meilleurs lors de la neuvième étape, à Baltimore. Sur ce circuit tracé dans le centre-ville, il termina troisième derrière l’Américain Davis Phinney et le Belge Eric Vanderaerden.

 

Trump fait entrer le cyclisme à la télévision

Le Tour de Trump suscita rapidement un vif intérêt dans le monde du sport américain. Les relations de Trump n’y étaient pas étrangères : elles l’aidèrent à faire connaître sa course. Les chaînes de télévision nationales de même que les journaux nationaux et régionaux en firent largement la promotion avant même que le départ ne soit officiellement donné. De son côté, NBC Sports retransmit la course en direct.

La première étape s’élança d’Albany, dans l’État de New York. Les photos de l’époque montrent des milliers de spectateurs massés au bord des routes. Cette première étape fut remportée par un Américain alors inconnu, Thomas Craven. LeMond déçut avec une 27e place au classement général : Hampsten aussi resta en retrait. La victoire finale revint au Norvégien Dag Otto Lauritzen, coureur de l’équipe Seven Eleven. Porté par une puissance médiatique et financière considérable ainsi que par la présence de LeMond et Hampsten, le Tour de Trump devint le principal événement cycliste des États-Unis. Le monde entier en parla.

 

Radrennfahrer, pink-schwarzes Trikot, Zeitfahrhelm
À 20 ans et encore amateur, Rolf Aldag participa en 1989, à la première édition du Tour de Trump. Lors de la neuvième étape, à Baltimore, il termina troisième. La photo le montre lors du Tour de France 2003 (Copyright : Wikimedia Commons)

 

Pour autant, cette première édition ne se déroula pas sans heurts pour Trump. À l’arrivée d’une étape à New Paltz, ville universitaire à l’esprit hippie située dans l’État de New York, des manifestants qui lui étaient hostiles se rassemblèrent derrière les barrières de la ligne d’arrivée. Certains grimpèrent même sur le toit d’un camion pour attirer l’attention. Tous brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait notamment lire : « Crève, ordure de yuppie », « À bas le trumpisme », « Tu as faim ? Mange les riches » ou encore « Trump = Antéchrist ».

 

Un yacht de 85 mètres au cœur du spectacle

Un an plus tard, la deuxième édition du Tour de Trump comptait déjà treize étapes. À la demande du maire et du gouverneur du Maryland, Baltimore devait cette fois figurer parmi les villes d’arrivée. Mais cela ne pouvait se faire sans l’accord de Joe De Francis, magnat des courses hippiques – un homme doté d’une influence politique considérable. De Francis n’était disposé à donner son feu vert à l’événement qu’à la condition que Trump présente son yacht de 85 mètres, le « Trump Princess », dans le port de Baltimore pendant la course. Trump accepta et Baltimore fut intégré au programme. Après l’étape, Trump invita les participants à bord de son navire.

 

Große Yacht in einem Hafen
L’ancien « Trump Princess » : le yacht de luxe de Donald Trump, long d’environ 85 mètres, devait être présenté en 1990 dans le port de Baltimore pendant le Tour de Trump. Il navigue aujourd’hui sous le nom de « Kingdom 5KR » (Copyright : Wikimedia Commons)

 

Un champion olympique est-allemand au Tour de Trump

En 1990, le Tour de Trump prit une dimension particulière dans l’histoire du cyclisme allemand. Olaf Ludwig, l’une des plus grandes stars du cyclisme est-allemand, était en effet au départ. Champion olympique à Séoul en 1988, il était passé professionnel au début de l’année et courait désormais pour l’équipe néerlandaise Panasonic-Sportlife. Un sportif qui avait remporté ses plus grands succès dans le cyclisme amateur est-allemand gagnait maintenant sa vie comme professionnel à l’Ouest – et participait à une course qui incarnait comme peu d’autres la mise en scène d’un milliardaire américain.

 

Schwarz-weißes Foto, rechts ein Mann, der sich zu einem Kind (links im Bild) herunterbeugt, im Hintergrund ein Mann, der ein Mikrofon hält
Olaf Ludwig fut en 1990 l’un des coureurs les plus performants du Tour de Trump. Le champion olympique est-allemand remporta trois étapes ainsi que le classement par points (Copyright : Wikimedia Commons)

 

Sur le plan sportif, Ludwig fut l’un des hommes forts de cette deuxième édition. Il remporta trois étapes ainsi que le classement par points. Le 4 mai, à Baltimore, il s’imposa à deux reprises dans la même journée : d’abord lors de l’étape reliant Wilmington à l’Inner Harbor, puis dans une autre course disputée dans la ville. Mais c’est finalement Raul Alcala qui termina en tête du classement général. Quelques semaines plus tard, Ludwig confirma qu’il appartenait bel et bien à l’élite mondiale en remportant le maillot vert du Tour de France. À l’issue de cette deuxième édition, Trump fit savoir qu’il envisageait lui aussi de se mettre au vélo de course. Son explication : « Regardez le corps des pros, beautiful. »

 

Un Français en observateur

Le Français Jean-Yves Plaisance était lui aussi présent sur la côte Est des États-Unis en 1989 et 1990, en tant qu’entraîneur de l’équipe de France amateur. Le Tour de Trump était pour lui « un coup de pub, et non un projet destiné à des coureurs ambitieux. Partout, on pouvait voir des publicités à l’effigie de Trump : dans les avions, sur les voitures, sur les murs des hôtels. Même sur les maillots des leaders, il n’y avait que son nom. » Sans grande surprise, Trump était également, selon Plaisance, « omniprésent dans les zones de départ et d’arrivée de certaines étapes. Les gens parlaient davantage de lui que de son Tour. »

 

Offizielles Fahrerportrait eines Mannes, dunkle Haare, weißes Trikot mit bunten Streifen über der Brust
Richard Vivien, champion du monde amateur en 1987, faisait partie de la sélection française lors du Tour de Trump 1989 (Copyright : Wikimedia Commons)

 

Le Tour de Trump, formidable opération publicitaire, prit fin après seulement deux éditions. Le financement de la course n’était pas assuré et celui qui lui avait donné son nom se retira. Packer trouva alors un nouveau bailleur de fonds, le groupe chimique DuPont, grâce auquel l’ancien Tour de Trump survécut de 1991 à 1996. Entre-temps, Trump avait perdu tout intérêt pour le cyclisme. Il n’avait plus aucune envie de monter sur un vélo de course, et encore moins participer à une course amateure : « Jamais. Je peux vous l’assurer. » Après 1990, Trump ne réapparut plus dans le monde du cyclisme.

 

L’auteur

Portrait, Mann mit braunen Haaren und weißem Pullover, leicht lächelnd
Stephan Klemm (Copyright: Max Grönert)

Stephan Klemm est historien et germaniste. Auteur, éditeur et journaliste indépendant, il écrit notamment pour Der Spiegel, Die Zeit, la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), la Neue Zürcher Zeitung (NZZ) ainsi que pour l’édition allemande de Sports Illustrated. Il est également l’auteur d’un ouvrage de référence consacré à la Grande Boucle : Tour de France – kein Berg zu hoch, kein Weg zu weit, un livre de 600 pages.

 

 

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