La Revue européenne :
Un nouveau forum pour l’Europe

La Revue européenne : Un nouveau forum pour l’Europe
  • Publiéjuillet 4, 2026
Person, die eine EU-Flagge in die Luft hält und vor dem Meer steht
Copyright: Alamy

L’Europe n’a pas seulement besoin d’institutions : elle a aussi besoin d’un espace public commun. Les fondateurs de la Revue européenne expliquent pourquoi une nouvelle culture du débat est aujourd’hui plus que jamais nécessaire.

 

Depuis quelques années, il existait une lacune au cœur de l’Europe. Un manque éditorial, sous-estimé mais significatif. Souvent ignoré, mais lancinant. Un angle aveugle, si l’on veut, dans le paysage des publications. D’où l’importance d’un périodique francophone et international dédié à la discussion européenne, sans œillères ni tabous. La Revue européenne souhaite combler ce vide.

 

Références et ambition

Nos modèles, parfaitement assumés, sont à la fois Le Messager européen d’Alain Finkielkraut, qui paraissait annuellement dans les années 1990 et faisait une place de choix aux écrivains et intellectuels d’Europe centrale et des Balkans. Nous nous sommes également inspirés de La Lettre internationale d’Antonin Liehm, ainsi que du Débat de Pierre Nora et Marcel Gauchet, en raison de l’excellente qualité de ces publications et du large éventail de curiosités auxquelles elles faisaient place. La Revue européenne, c’est donc un peu tout cela. Mais c’est aussi l’ambition de revisiter les enjeux européens les plus brûlants, sans langue de bois ni faux-semblants, en nommant les difficultés, voire les impasses.

 

Drei Männer in Anzügen sitzen in einer Reihe an einem Tisch
De gauche à droite : Joachim Bitterlich, Alexis Lacroix et Olivier Serva (Copyright: Lacroix/Martens)

 

Dans cette entreprise, qui embrasse la politique, la géopolitique, la littérature, les arts, le débat d’idées, l’histoire de la philosophie et l’anthropologie, nous avons souhaité nous entourer d’un Conseil scientifique et d’un Comité de rédaction de très haut niveau, réunissant plus de vingt-cinq personnalités de stature internationale venues des quatre coins de l’Europe : Dominique Schnapper, Wolf Lepenies, Krzysztof Pomian, Manuel Valls, Élisabeth Badinter, Alain Finkielkraut, Michel Foucher, Élie Barnavi, Jacques Attali, Alberto Toscano ou encore Joachim Bitterlich. Dans la diversité de leurs sensibilités et de leurs domaines d’expertise, ces femmes et ces hommes impliqués et engagés nous apportent le souffle nécessaire à une publication non tributaire de l’actualité immédiate, mais capable de la mettre en perspective.

 

Après la « fin de l’histoire »

Or, précisément, nous sommes sortis d’un modèle qui avait dominé sans partage les années ayant suivi la chute du mur de Berlin : celui de la « fin de l’histoire ». Ce modèle avait sa pertinence, tant l’expansion du paradigme démocratique et libéral semblait irrésistible. Il ne l’est plus aujourd’hui.

 

Mann im Anzug vor einem Mikrofon, von der Seite fotografiert
Le concept de la « fin de l’histoire » a été popularisé par un article du politologue Francis Fukuyama publié à l’été 1989 dans la revue The National Interest (Copyright: Wikimedia Commons)

 

Les illibéraux – ces nations souvent animées de prétentions impériales – récusent bruyamment les idéaux des républiques démocratiques, méprisent l’équilibre fragile entre pouvoir et contre-pouvoir sur lequel les démocraties du Vieux Continent ont fondé l’UE, et s’engouffrent dans une version du capitalisme décidée à s’émanciper de tous les freins à l’exploitation des ressources : c’est le fameux extractivisme, pratiqué aux États-Unis par l’administration Trump, que l’on retrouve à l’identique en Chine, en Russie ou en Turquie. Autant de puissances impériales en proie aux vertiges de l’illimitisme. La Revue européenne est née de cette prise de conscience.

 

Humanisme et puissance

Par-delà les défis qu’impose la nouvelle grammaire mondiale de la brutalité – la refondation d’un noyau « carolingien », le développement de stratégies industrielles proactives autour d’une intelligence artificielle devenue une véritable « architecture de civilisation », ou encore la gestion ordonnée d’un élargissement vers l’Est qui marquera les années à venir –, l’UE est aussi confrontée à un défi plus essentiel : un défi anthropologique. Quel défi ? Le plus délicat de tous : conserver son modèle humaniste, en assurer la pérennité et la force dans un univers devenu si âpre. L’Europe ne peut être un « continent-Bisounours ». Si elle ne veut pas se condamner à la vassalisation, elle doit assumer, elle aussi, un rapport à la puissance. La Revue européenne, comme espace de débat et forum de discussion, accompagnera la réflexion sur ces sujets fondamentaux. Le devenir-puissance du « rêve européen », selon la formule de Jeremy Rifkin, imprégnera les années à venir.

 

Alter Mann im Anzug mit Mikrofon in der Hand
L’ouvrage de l’économiste américain Jeremy Rifkin, Le Rêve européen. Comment l’Europe se substitue peu à peu à l’Amérique dans notre imaginaire, est paru en 2004 (Copyright: Wikimedia Commons)

 

L’Europe a besoin de la France et de l’Allemagne

Chaque chose en son temps, bien sûr. Nous avons choisi de consacrer notre premier numéro à la relance éventuelle du moteur – ou du partenariat – franco-allemand. Sans langue de bois : cette réinvention est loin d’être acquise. Les obstacles à la reprise d’une relation fluide abondent. L’écrivain suisse Charles Lewinsky le souligne avec humour dans nos colonnes. Néanmoins, des deux côtés du Rhin, comme l’analysent les contributeurs du dossier, il existe désormais une prise de conscience et une volonté : le sentiment d’une urgence face aux défis d’un monde violent, d’un côté ; le désir de transformer l’adversité en aiguillon pour l’action, de l’autre.

 

Front- und Back-Cover der Revue européenne, Titel: "Le retour du moteur franco-allemand en Europe ?"
Copyright: Lacroix/Martens

 

Par bien des aspects, même s’ils sont loin de s’accorder sur tout, Français et Allemands savent que le compte à rebours a commencé, et qu’il faut avancer. Trouver des points de convergence. Sur l’essentiel. C’est une nécessité existentielle. Une priorité de civilisation.

 

Un forum de la diversité

La Revue européenne suivra pour vous ces tentatives. Elle vous les racontera. Mais elle ne saurait se limiter à l’axe rhénan. La Revue européenne est celle de tous les Européens. Par principe, elle est ouverte et pluraliste. Elle accueille, et accueillera, des voix venues des quatre coins du continent – de la péninsule Ibérique à l’Europe centrale, de la Scandinavie à la Grande-Bretagne – et du reste du monde.

 

Kopf eines Mannes mit längeren schwarzen Haaren und schwarzem Bart
André Suarès (1868–1948) (Copyright: Wikimedia Commons)

 

L’écrivain André Suarès l’écrivait dans Vues sur l’Europe : l’Europe est régie par un principe qui n’est pas celui de la symphonie, mais de l’harmonie. Elle se trahit lorsqu’elle confond son unité – ou la conquête de son unification – avec l’homogénéité. Le philosophe Jürgen Habermas a réfléchi, parmi d’autres, tout comme Wolf Lepenies, à la notion d’« espace public européen ». Les enjeux cruciaux que nous venons d’énumérer rendent la constitution d’un tel espace public indispensable. Le repli sur les cultures nationales, s’il peut se comprendre, ne répond pas adéquatement aux défis de notre temps. Dans ce contexte renouvelé, La Revue européenne entend apporter sa pierre à l’édifice de la construction de cet espace public transnational. Elle se veut un lieu de confrontation sans exclusive et non dogmatique, un carrefour, une agora échappant à l’esprit de censure qui domine de nouveau une partie de l’espace médiatique.

Nous comptons sur vous !

 

Les auteurs

Portrait eines Mannes mit blauem Hemd und rosa Krawatte
Alexis Lacroix (Copyright: privé)

Alexis Lacroix, essayiste, philosophe, germaniste et historien des idées, est producteur à France Culture et directeur de l’hebdomadaire Actu J. Il enseigne les lettres modernes à l’Université catholique de Lille. Il est directeur des études du Centre culturel et universitaire Élie Wiesel de Créteil. Co-fondateur et co-président de la Revue européenne, il est l’auteur de nombreux essais, dont récemment Le Penseur des prochains jours. Raymond Aron (La Cité), La République assassinée. Weimar 1922 (Cerf) et Penser les frontières, avec Régis Debray et Benjamin Stora (Bayard).

 

© Stephan Martens
Stephan Martens (Copyright: privé)

Stephan Martens est professeur d’études allemandes et d’études européennes à la CY Cergy Paris Université, ainsi que chercheur associé à CY AGORA et au Conseil québécois d’études géopolitiques de l’Université Laval. De 2011 à 2014, il a été recteur d’académie en Guadeloupe, puis de 2018 à 2019 à Mayotte. Ses travaux portent principalement sur la politique étrangère allemande, les relations franco-allemandes, les enjeux géopolitiques de l’Europe ainsi que les questions de mémoire – en particulier dans le contexte de l’Allemagne, des anciennes colonies allemandes en Afrique et des Antilles françaises.

 

 

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