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Les Berlinois face au Covid-19

Confiants dans l’avenir

Adrienne Rey

Aux bords du Landwehrkanal, © picture alliance/dpa | Annette Riedl

5 juillet 2021

Avec l’été 2021, on assiste au retour des barbecues, des verres en terrasses et des sorties entre amis… Alors que, depuis un an et demi, la pandémie rythme les saisons, les Berlinois peuvent goûter aux joies de la période estivale, en se sentant un peu plus libres.

Parmi les mesures levées ou allégées, les rassemblements et les réunions privées s’effectuant en intérieur ne seront plus restreints. Jusqu’à présent, leur nombre était limité à 10 personnes de 5 foyers différents.

Alors que le port du masque FFP2 était obligatoire pour se rendre dans les magasins, les musées ou les services publics, il est désormais accepté de porter un simple masque chirurgical. Porter un FFP2 reste cependant obligatoire dans les transports en commun.

Par ailleurs, les événements rassemblant du public en intérieur sont de nouveau autorisés si leur jauge ne dépasse pas 1000 personnes. Avec un système de ventilation optimal, le nombre peut monter à 2000. Il sera demandé de présenter un test négatif pour tout événement comptant plus de 50 personnes. Pour les événements se tenant à l’extérieur, la limite est fixée à 2000 participants (5000 dans certains cas qui devront être étudiés par les autorités). Un test sera réclamé dès que l’on dépasse les 750 personnes.

Dans le sillage de ces annonces, certains clubs ont d’ores et déjà rouvert. C’est le cas du célèbre Berghain qui rouvre son espace extérieur avec une politique sanitaire très stricte : accès réservé aux personnes vaccinées, à celles qui présentent un test négatif. Le port du masque reste obligatoire.

Avec le retour des open-airs, des concerts de rues et des terrasses, l’été 2021 semble marquer un retour à la normale, ce que constatent et saluent les Berlinois que nous avons interrogés.

Emma, vendeuse dans un magasin bio; photo : privé

« Un mélange de prudence et de joie »

Emma est installée à Berlin depuis 2016 où elle travaille en tant que vendeuse dans un magasin bio. À l’annonce de l’allègement des restrictions, elle n’a pas particulièrement sauté de joie : « Le système en place jusqu’à présent me semblait cohérent et me procurait un véritable sentiment de sécurité », explique-t-elle. Cela ne l’empêche pas de savourer « ce semblant de vie normale ». Bien qu’elle ait toujours scrupuleusement respecté les gestes barrières et qu’elle soit déjà vaccinée, l’assouplissement des mesures sanitaires aura aussi permis d’atténuer ce sentiment de culpabilité qui l’accompagne depuis le début de la pandémie : « Même en faisant très attention et en respectant les règles, je me sentais coupable d’avoir une vie sociale, aujourd’hui je me sens autorisée. »

Pascal, traducteur indépendant, a quitté sa France natale pour Berlin il y a plusieurs années, il voit d’un bon œil l’assouplissement des mesures sanitaires dans sa ville d’adoption : « Après plus d’un an et demi d’épidémie, on a besoin de souffler. » Parmi les signes d’un retour progressif à la normale, la réouverture des restaurants aura été ce qu’il a le plus attendu. « Pouvoir enfin s’asseoir en terrasse et manger à l’extérieur après 7 mois de fermeture a marqué un véritable tournant. Un signe que la vie reprend doucement son cours », se réjouit le trentenaire. Même son de cloche pour Tobias, un dramaturge allemand de 41 ans, lorsqu’il décrit l’atmosphère régnant dans les rues : « Un mélange de prudence et de joie. Nous pouvons enfin nous retrouver aux cafés ou dans les restaurants, rencontrer des gens. »

Pour autant, tous n’ont pas renoué avec la vie d’avant avec une même facilité. Emma confie avoir d’abord eu quelques réticences à se resocialiser : « Durant la pandémie, mon cercle social s’est réduit, comme pour beaucoup de gens je pense, et pour l’instant cela me convient. ». Aujourd’hui, même si les bars ont rouvert, elle fréquente surtout les parcs et les lieux en extérieur. Elle constate que « l’ambiance générale est plus détendue » depuis l’annonce des assouplissements. Les ingrédients de la saison estivale ne sont toutefois pas tous au rendez-vous : « Pour moi, l’été berlinois c’est une certaine spontanéité, des rencontres, de la musique dans les rues et des bières au bord du canal. Pour l’heure, je ne peux pas dire que j’ai retrouvé tout cela », constate Emma.

Le retour des terrasses, © Benoît Faedo

Un assouplissement des mesures bien accueilli

Tobias salue la levée de certaines règles sanitaires, d’autant plus que les réouvertures se font de manière progressive. Globalement, il soutient les mesures prises depuis le début de la crise, même s’il aurait souhaité plus de cohérence à l’échelle nationale et un confinement plus strict à la fin de l’année 2020, lorsque le nombre d’hospitalisations a grimpé en flèche… Le dramaturge, qui aura vu son théâtre particulièrement éprouvé par la crise sanitaire, estime également que certains secteurs ont dû se plier à des mesures plus strictes que d’autres, sans que cela semble toujours justifiable ou compréhensible, notamment dans le domaine culturel. Emma, elle, a régulièrement comparé la situation allemande à ce qui se passait outre-Rhin. Une comparaison qui ne joue pas en faveur de la France dont elle juge les mesures très strictes et indécises. Elle se réjouit de n’avoir pas eu à vivre de couvre-feu aussi strict et prolongé.

Partisans « du juste milieu », Pascal et Tobias approuvent la réouverture des lieux culturels et le retour des gens en terrasse, même s’ils se montrent sceptiques face à la tenue de certains événements. « Difficile de ne pas se questionner lorsqu’on voit les rassemblements suscités par l’Euro de football », considère l’expatrié français. Il juge par ailleurs « irresponsable et injustifiable » la tenue de raves et de fêtes illégales dans les bois environnants ou dans les parcs.

En outre, Pascal déplore l’attention excessive accordée aux « Corona-Leugner », ces complotistes qui remettent en cause jusqu’à l’existence même du virus. Si cette tendance est bien réelle, il regrette un effet de loupe dans les médias qui « ajoute au climat anxiogène ». Tobias estime quant à lui qu’il ne faut pas mettre toutes les réticences ou inquiétudes dans le même panier : « Avoir une certaine appréhension à se faire vacciner ne veut pas dire nier l’existence de la pandémie. »

Si la menace du variant Delta plane encore sur les esprits, les Berlinois interrogés préfèrent tous se montrer confiants dans l’avenir et entendent pour l’heure profiter, dans la mesure du possible, de la saison estivale.

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