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Worpswede

L’ art dans le Teufelsmoor

Par Christian Vogeler

Un joyau dans un lieu authentique : le Barkenhoff abrite le Heinrich-Vogeler-Museum. © Tourist-Information Worpswede / Birgit Nachtwey

15 janvier 2020

Il y a 130 ans, non loin de la ville hanséatique de Brême, est née la colonie d’artistes Worpswede au milieu du Teufelsmoor (« tourbière du diable ») sur le modèle du village français de Barbizon. Des artistes renommés du Jugendstil (correspondant à l’Art nouveau en France), de l’impressionnisme et de l’expressionnisme y ont travaillé.

Ils étaient fascinés par le paysage du nord de l’Allemagne, la lumière particulière du ciel et la vie simple des colons de la tourbière. Aujourd’hui, les galeries, ateliers et studios sont empreints des traces des artistes, des fondateurs à la génération actuelle. Les impacts de la colonisation sur ce paysage naturel unique peuvent être découverts à pied, à vélo ou sur l’eau.

Les pionniers de la tourbière

La colonisation est une saisie de terres. Worpswede, dont l’histoire remonte au 13e siècle, a vécu sa première grande expansion démographique au 18e siècle, lorsque l’intendant aux tourbières Jürgen Christian Findorff démarre la colonisation du Teufelsmoor sur mandat du prince électeur d’Hanovre, et commence à assécher le sol pour gagner des terres agricoles. Il fait appel à plus de 3 000 pionniers, qui, attirés par la promesse de propriété, d’une franchise d’impôt et l’exemption du service militaire obligatoire, immigrent pour transformer la tourbière en terres agricoles cultivables. Au départ, les paysans vivent dans des cabanes de fortune et extraient la tourbe qu’ils apportent par canot via des rivières et canaux à Brême, pour la vendre comme combustible. Les zones asséchées furent plus tard utilisées comme prés pour l’agriculture.

Une ancienne ferme de Basse-Saxe à Worpswede, © Tourist-Information Worpswede / Birgit Nachtwey

Éveil culturel

Le premier artiste à arriver à Worpswede est l’étudiant en art Fritz Mackensen, âgé de 18 ans. Entre temps, une certaine prospérité s’y est établie. « La rangée de grandes cours avec de vastes bâtiments en longueur, les jardins bien entretenus et les propriétaires cossus, les jolis magasins, le presbytère accueillant et les bonnes auberges existaient déjà », note l’artiste dans ses mémoires. Fasciné par le charme pittoresque de la nature, il y trouve sa patrie artistique. La colonisation des artistes débute alors.

Mackensen est rejoint par son ami d’études Otto Modersohn, les artistes Hans am Ende, Fritz Overbeck et enfin Heinrich Vogeler, figure du Jugendstil allemand en tant que peintre, graphiste, designer et architecte. Le groupe effectue sa percée artistique en 1895 lors d’une exposition au Palais des glaces de Munich, qui apporte attention et renommée au village de Worpswede, situé dans une tourbière de Basse-Saxe. L’artiste Paula Becker, qui dresse le portrait de pensionnaires d’hospices et qui devient une des représentantes les plus importantes du premier expressionnisme grâce à ses portraits expressifs, l’écrivain Rainer Maria Rilke et sa future épouse, la sculptrice Clara Westhoff viennent s’y installer plus tard. Le Barkenhoff, une ancienne chaumière de ferme que Vogeler transforme en une œuvre d’art complète en plusieurs étapes de travaux, devient brièvement le point central de la vie culturelle du groupe.

Le musée de la maison Modersohn, © Tourist-Information Worpswede / Birgit Nachtwey

Un concept d’exposition commun

Cela fait maintenant longtemps que la colonisation artistique s’est achevée. Désormais, Worpswede ne vit plus seulement de l’art des fondateurs. D’autres générations d’artistes, des peintres, dessinateurs, graphistes, sculpteurs, poètes, écrivains, artisans, photographes, musiciens et designers, ont suivi et influencent aujourd’hui encore le village d’une toute autre manière.

Pendant de nombreuses décennies, les différents musées du village se sont développés de manière indépendante. Mais, de 2007 à 2012, le Barkenhoff, la Große Kunstschau, la Haus im Schluh et la Worpsweder Kunsthalle se sont réunis sous une association de musées avec un concept d’exposition commun. La maison d’habitation et atelier du Barkenhoff, un ensemble classé, présente une exposition permanente à multiples facettes sur Heinrich Vogeler. D’autres espaces sont utilisés pour des expositions temporaires, qui créent des passerelles entre le travail de Vogeler et l’histoire artistique et culturelle de Worpswede. La Große Kunstschau expose, outre des artistes contemporains internationaux, des œuvres provenant de 130 ans d’histoire artistique de Worpswede. La Worpsweder Kunsthalle détient la plus grande collection générale sur l’histoire artistique du lieu, dont les objets sont exposés dans diverses collections. Le musée privé de la Modersohn-Haus montre une vaste collection d’art de la première génération de peintres de Worpswede, ainsi que de nombreuses œuvres de Paula Modersohn-Becker.

La „Käseglocke“ , © Tourist-Information Worpswede / Birgit Nachtwey

La « Käseglocke » (« cloche à fromage »), le domicile de l’écrivain et du premier guide touristique de Worpswede Edwin Koenemann, construite en 1926, est l’une des particularités architecturales de Worpswede. La maison ronde conçue par l’architecte Bernhard Taut accueille aujourd’hui un musée d’arts appliqués régionaux.  Le « Kaffee Worpswede » vaut également le détour. Appelé « Kaffee Verrückt » (« café fou ») par les locaux, il a été construit en 1925 par Bern Hoetger, l’architecte de la Böttcherstraße à Brême.

Une nature façonnée par les humains

Le vélo est un bon moyen de transport pour découvrir les alentours de Worpswede. La colonisation des pionniers paysans fait partie de l’histoire. L’extraction industrielle de la tourbe a cessé en 2012. Certaines surfaces agricoles sont à nouveau irriguées afin de régénérer l’ancienne tourbière haute. Des sentiers cyclistes balisés relativement plats mènent aux traces de la colonisation de la tourbière, à des espaces naturels protégés avec une faune et flore rares, à des moulins à vent et des auberges rustiques. Le Moorexpress, un autorail historique, permet de réduire quelques étapes.

© Haus im Schluh, archives

Conseil d’initié

Pour découvrir de très près l’atmosphère particulière du village d’artistes de Worpswede, il convient de visiter la Haus im Schluh, fondée par la première épouse de Vogeler, Martha. Les trois fermes de Basse-Saxe au toit de chaume abritent un musée dédié à l’histoire de la famille de Martha et Heinrich Vogeler après leur séparation et à l’histoire des œuvres du musée. Plusieurs jolies locations de vacances y sont également proposées, aménagées dans un style ancien selon la tradition de la maison avec des meubles Heinrich Vogeler d’origine ou reconstruits. La Haus im Schluh est gérée par les descendants de Vogeler.

Le journaliste Christian Vogeler est un petit-neveu de Heinrich Vogeler.

Traduction : Amélie Gärtner

Colonies d’artistes

À partir du 19e siècle, des colonies d’artistes voient le jour dans toute l’Europe sur le modèle du village français de Barbizon. Les jeunes artistes tournent le dos aux académies et ateliers et cherchent leurs sujets dans la nature sauvage et la vie à la campagne. Quelques villages tels que Worpswede ou Barbizon sont encore connus aujourd’hui. En 1994 est fondé EuroArt, un réseau des colonies d’artistes européennes. Ce réseau de colonies d’artistes, de villages d’artistes et de lieux d’artistes est actuellement composé de 76 membres issus de 41 colonies d’artistes de 14 pays.

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