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Parcs de sculptures en Allemagne

L’art à ciel ouvert

Sophia Bonbon

Tony Cragg, « Points of View », 2007, © Cragg Foundation, photo : Michael Richter

27 juin 2021

L’Allemagne compte de nombreux parcs de sculptures ouverts au public pour se détendre et laisser libre cours à son esprit – dont le Waldfrieden à Wuppertal, le parc de sculptures en pierre de la Fondation Kubach-Wilmsen, Unser Lieben Frauen à Magdebourg et le WaldSkulpturenWeg à Wittgenstein.

Le parc de sculptures Waldfrieden

Avec le magnifique nom « Waldfrieden », Wuppertal – une ville connue pour son célèbre train monorail suspendu – héberge l’un des plus beaux parcs de sculptures d’Allemagne. Le site est caractérisé par sa position sur une colline : une grande partie de la forêt de la ville a pu être conservée sur la forte pente au-dessus de l’étroite vallée fluviale de la Wupper.

Un bois féérique

Dans ce parc, tel un bois féérique, défilent les saisons. De vieux arbres à feuilles caduques dominent l’espace vert, en particulier des châtaigniers, des tilleuls, des robiniers, des érables, des mélèzes, des chênes et des hêtres. A l’entrée, un impressionnant séquoia, autour de la villa un hêtre pleureur, un érable japonais et un ginkgo. Au printemps, les magnolias déploient leur abondance de fleurs, suivis du cerisier et du lilas, du rhododendron et des glycines avec leurs grappes de fleurs printanières et de leurs épais feuillages.

Heinz Mack « Vier Stein-Stelen », 1995, exposition temporaire jusqu’en janvier 2022, © Cragg Foundation, photo : Michael Richter

De nombreux sentiers ont été ajoutés aux sentiers existants à l’ensemble du site lors du réaménagement de la propriété. Ceux-ci dirigent aujourd’hui les visiteurs vers les emplacements des sculptures, en passant par les zones boisées, les pelouses et la grande forêt mixte. Ainsi, l’approche de l’art est au mieux intégrée à celle de la nature : la chaleur, le froid, l’humidité et la sécheresse, les couleurs des feuillages et les reflets de la lumière solaire agissent au gré des saisons sur les sculptures, influençant ainsi leur apparence.

La fondation Cragg

La fondation et la création du parc de sculptures sont dues à l’initiative privée du sculpteur britannique Tony Cragg, l’un des plus grands sculpteurs contemporains. Né à Liverpool, il vit et travaille depuis 1977 à Wuppertal. En 1979, il commence à enseigner à l’Académie publique des beaux-arts de Dusseldorf ; de 2009 à 2013 il en est son recteur. À la recherche d’un site d’exposition extérieur permanent pour la sculpture, il découvrit le domaine abandonné de Waldfrieden qu’il acheta en 2006. Des travaux de réaménagement du parc et des bâtiments qui avaient besoin d’être rénovés et modernisés après être restés longtemps inoccupés commencèrent aussitôt. En vue de la valorisation du site historique, le stock de matériaux et l’architecture existante ont été préservés autant que possible, malgré la conversion du parc et des bâtiments pour le nouvel usage.

Le Hall des expositions, © Cragg Foundation, photo : Süleyman Kayaalp

En 2008, le parc de sculptures fut inauguré par une fondation caritative appartenant à la famille Cragg. Il abrite une collection de sculptures impressionnante de l’œuvre considérable de Tony Cragg. Celle-ci est régulièrement côtoyée par des expositions temporaires présentant des œuvres d’artistes de renommée internationale.

Des conférences sur des sujets liés aux études culturelles y sont également proposées, de même des concerts ; d’ailleurs, l’une des scènes du film « Pina » de Wim Wenders sur la danseuse et fondatrice du Tanztheater Wuppertal, Pina Bausch, a été tournée dans le Hall des expositions.

La Villa Waldfrieden

Kurt Herberts, un fabricant de peinture de Wuppertal y acheta en 1940 une maison avec un vaste domaine, construite en 1894. Elle fut détruite lors des raids aériens en 1943. À la fin de la guerre, Herberts demanda à l’artiste et architecte Franz Krause, qu’il appréciait pour « l’originalité de ses processus de pensée », de reconstruire le bâtiment au-dessus du niveau du sous-sol conservé.

La Villa Waldfrieden © Cragg Foundation, photo : Michael Richter

Outre l’obligation d’inclure l’ancien sous-sol, il a donné carte blanche à l’architecte qui a développé la forme organique singulière du bâtiment en correspondance avec trois facteurs dynamiques : les mouvements du corps humain, la nature du terrain environnant et la lumière du jour incidente. La conception du site et du jardin ont été réalisées entre 1947 et 1950. En 2006, Tony Cragg a acquis la villa ainsi que le domaine après une longue période d’inoccupation.

Afin de lui donner un rôle vivant dans le parc de sculptures, il a fallut non seulement restaurer la villa, mais aussi la réinterpréter. Nulle part ailleurs cette transformation n’aurait pu être entre de meilleures mains que dans celles du sculpteur et de son atelier. Dans le plus grand respect de l’expérience formelle originale de l’architecte, la résidence habitée, conçue entièrement pour le client et sa famille, a été transformée en un centre vivant du parc. La villa abrite aujourd’hui les archives et les bureaux administratifs de la Fondation Cragg.

Le parc de sculptures Waldfrieden sur Internet

Le parc de sculptures de la Fondation Kubach-Wilmsen

© Fondation Kubach-Wilmsen, photo : Simone Philippi

Anne Kubach-Wilmsen et son mari Wolfgang Kubach, un couple de sculpteurs depuis 1968, avaient un atelier de plein air, situé en face de la roche spectaculaire du Rotenfels à Bad Münster am Stein-Ebernburg dans la région de la Rhénanie-Palatinat. Cet atelier était un véritable écrin de beauté et de tranquillité. Ce qui distingue les deux sculpteurs, c’est la création de sculptures avec des pierres du monde entier comme le marbre et le granit. Leur passion était en première ligne la réalisation de livres en pierre. Le parc existe depuis 2001 et s’étend sur 15.000 m² dans des vignes abandonnées de la vallée du cours d’eau de la Nahe.

© Fondation Kubach-Wilmsen, photo : Simone Philippi

En 2010, le parc a été complété par un musée moderne et unique. Les sculpteurs ont fait appel au célèbre architecte japonais, Tadao Alto, pour planifier le musée. Il est le seul de ce genre à ne présenter que des sculptures en pierre. Ainsi, une grange historique à colombage du 18e siècle a été posée sur un bâtiment moderne en béton et entouré par deux cours. Des ouvertures percées dans les murs donnent une vue magnifique sur l’architecture, les sculptures, le parc et l’environnement.

En visitant ce parc à sculptures, le panorama époustouflant fait découvrir le château d’Ebernburg, le Norheim, le Rheingrafenstein, ainsi que le Rotenfelsen, la plus haute falaise abrupte au nord des Alpes. Sa roche volcanique rouge baigne tout le paysage dégageant une atmosphère chaude et lumineuse impressionnante à voir à la tombée du coucher du soleil.

© Fondation Kubach-Wilmsen, photo : Simone Philippi

En 1998, Anne Kubach-Wilmsen et Wolfgang Kubach ont créé la Fondation Kubach-Wilmsen en tant que fondation à but non lucratif pour la réalisation de ce projet, dédié environ 15.000 mètres carrés de terrain pour le parc de sculptures et fait une donation de 65 sculptures à la fondation.

Leurs œuvres ont été présentées dans de nombreuses expositions au Japon aux États-Unis.

Die Fondation Kubach-Wilmsen online

Le parc de sculptures de Magdebourg

Unser Lieben Frauen, © Kunstmuseum Magdeburg, photo: Hans-Wulf Kunze

Le parc de sculptures du musée d’art de Magdebourg autour du monastère et de l’église romaine Unser Lieben Frauen est un témoignage de l’après-guerre en RDA à aujourd’hui.

Il a été créé à partir de la fin des années 1980, lorsque la Collection nationale de petites sculptures de la RDA, qui était gérée par le musée, a été rebaptisée Collection nationale de sculptures de la RDA. La zone s’étend du pont levant au Petriförder entre Breiter Weg et Stromelbe.

Wieland Förster, Große Neeberger (1971-74), © Kunstmuseum Magdeburg, photo: Hans-Wulf Kunze

Les quelque 50 sculptures comprennent des œuvres de la RDA, mais aussi des contributions d’artistes internationaux contemporains. À l’origine, le parc était limité aux environs immédiats du monastère. Désormais, on y trouve des sculptures dans la zone située au nord de la Hundertwasserhaus Grüne Zitadelle, sur les rives de l’Elbe, dans le secteur de la gare de l’Elbe jusqu’au pont levant de Magdebourg et dans la zone non aménagée au nord du complexe monastique.

Heinz Breloh, Lebensgröße Magdeburg (1995), © Kunstmuseum Magdeburg, photo: Hans-Wulf Kunze

Les sculptures exposées dans le parc ont été continuellement complétées par d’autres œuvres depuis 1989, de sorte que l’art contemporain est représenté dans toute sa diversité. Au total, une quarantaine d’œuvres de différents artistes y est exposée y compris les sculptures classiques de l’époque de la RDA, entre autres, la sculpture de Käthe Kollwitz réalisée par Gustav Seitz (1958).

L’artiste a travaillé avec Käthe Kollwitz. Il a insisté pour qu’après sa mort la statue soit présentée non pas comme une héroïne, mais comme une simple figure en forme de bloc, Käthe Kollwitz comme une femme accessible façonnée par le destin.

La sculpture d’Alicia Paz, Island of Dolls (2017), © Kunstmuseum Magdeburg, photo: Hans-Wulf Kunze

La statue d’Alicia Paz sur le parvis du Kunstmuseum, quant à elle, est devenue un motif photographique populaire et est une sorte de panneau indicateur du site d’art moderne de Magdebourg. L’œuvre de Nathan Coley « For other People and other Works » (Für andere Leute und andere Werke), située au centre du terrain à côté du monastère est une surface praticable, qui semble flotter au-dessus du sol, s’inspire de l’histoire du site.

Nathan Coley « For other People and other Works » (Für andere Leute und andere Werke), © Kunstmuseum Magdeburg, photo: Hans-Wulf Kunze

Elle est orientée vers les vestiges des murs des environs et, avec les trous pour les arbres, ainsi elle attire l’attention sur cette plantation, qui n’a pu être réalisée qu’avec la reconstruction de Magdebourg après la destruction de la Seconde Guerre mondiale.

Le parc de sculptures de Magdebourg sur Internet

Le WaldSkulpturenWeg

« Au dessus des étangs » (Über den Teichen), © Schmallenberger Sauerland Tourismus

De 2000 à 2010, un projet culturel exceptionnel a vu le jour dans la région culturelle de Westphalie du Sud, dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie : le « WaldSkulpturenWeg Wittgenstein-Sauerland ». 11 sculptures au total, réalisées par des artistes de renom, sont placées dans des endroits stratégiques le long d’un itinéraire de randonnée de 23 km entre Bad Berleburg et Schmallenberg.

Ce sentier de sculptures en forêt commence et se termine aux panneaux d’information situés devant les mairies de Bad Berleburg et de Schmallenberg. Il longe les chemins d’accès au Rothaarsteig, qui reçoit ainsi un précieux enrichissement artistique. Le projet est géré par la Wittgensteiner Akademie, Bad Berleburg.

« La crosse » (Der Krummstab) © Schmallenberger Sauerland Tourismus

Jochen Gerz (né en 1940), artiste conceptuel de renommée internationale, a créé cet espace vert pour le public, à l’air libre dans le cadre d’un projet artistique issu de son œuvre « Der Wettbewerb » de 2002 à 2004.

La confession, la culture et la crête de Rothaar ont séparé les habitants de Bad Berleburg et de Schmallenberg pendant des siècles – parfois jusqu’à aujourd’hui. Afin de jeter un pont entre les identités, les traditions et les préjugés, l’artiste a invité les habitants des deux villes à envoyer une lettre par la crête de Rothaar à l’autre ville, et à écrire dans cette lettre, par exemple, leurs associations avec le concept de maison. De l’autre côté de la crête de Rothaar, ces lettres ont ensuite été affichées sur les panneaux de la ville. Leurs sujets : Sentiments, expériences, aventures et souvenirs de personnes sur le chemin souvent difficile vers l’autre.

L’Académie Wittgenstein

En 1996, des citoyens intéressés par l’art ont fondé la Wittgensteiner Akademie e.V. à Bad Berleburg. L’objectif cette association gérée sur une base volontaire est de promouvoir la créativité artistique dans la région. Avec pour but également de préserver et renouveler l’artisanat traditionnel dans la région de Wittgenstein, en mettant un accent particulier sur le travail du bois.

« L’homme de l’âge de pierre » (Stein-Zeit-Mensch) © Schmallenberger Sauerland Tourismus

C’est dans cette optique que le WaldskulpturenWeg a été développé à partir de 1999 sous les auspices de la Wittgensteiner Akademie. Le projet est soutenu par le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, les districts de Siegen, Wittgenstein et Hochsauerland, les villes de Bad Berleburg et Schmallenberg et la Kunststiftung NRW. En outre, des mécènes et des sponsors, des particuliers et des entreprises de renom ont soutenu activement le projet par des contributions généreuses.

Des cheminées sortant du sol de la forêt, une girouette, des portes faites de grandes fourchettes de four et un énorme chaudron de sorcière entouré de livres de sorts ouverts dans une petite vallée entourée de sentiers – Lili Fischer occupe le lieu connu depuis des temps immémoriaux sous le nom de « place des sorcières » avec les reliques d’un village de sorcières prétendument englouti.

La « place des sorcières » (Hexenplatz), © Schmallenberger Sauerland Tourismus

Son œuvre témoigne du mythe de la sorcière et transporte les randonneurs dans un monde de contes de fées et de magie. En même temps, cependant, il attire l’attention sur la véritable persécution cruelle des gens à l’époque des procès en sorcellerie : de l’autre côté de la vallée se trouve le « lieu de condamnation au bûcher » pour les femmes présumées sorcières.

 « Le Monument du faucon perdu »

Ce n’est qu’à partir d’une vue à vol d’oiseau que « Le Monument du faucon perdu » de 44 x 28 m peut être vu dans son intégralité. L’artiste new-yorkais Alan Sonfist a fait sculpter la silhouette d’un faucon en vol stationnaire à partir de monticules de terre dans une clairière de la forêt de Wittgenstein. Les monticules rappellent ceux des fortifications celtiques situées dans les environs immédiats et ont été plantés d’espèces d’arbres qui dominaient autrefois la forêt de la région mais qui ont été déplacées par l’homme. Avec la clôture qui suit la silhouette, Sonfist protège symboliquement son œuvre des hommes et des animaux qui, par leur arbitraire ou leur broutement, détruisent souvent la nature vierge.

« Le Monument du faucon perdu » (Das Monument des verlorenen Falken), © Schmallenberger Sauerland Tourismus

Dans ses œuvres de Landscapes, Alan Sonfist (né en 1946) combine des éléments naturels et culturels-historiques pour former une unité, afin d’illustrer les interventions changeantes de l’homme dans la nature. Il s’efforce également de montrer que l’originalité de la nature est une condition irrémédiablement perdue qui ne peut être reproduite que symboliquement et sensuellement dans l’art. Avec ses objets d’art et ses conférences, Sonfist s’engage au niveau international en faveur de la durabilité écologique et du respect intemporel de la fragilité de la nature.

Le WaldSkulpturenWeg à Wittgenstein sur Internet

Liens
200 parcs et itinéraires de sculptures ; Destination sculpturenature

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