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Guy de Maupassant

Écrivain prolifique et bourreau des cœurs

Par Arne Ulbricht

© Adobe Stock

20 mai 2020

Lorsque la réalité se mèle à la fiction : La vie tout en excès du grand écrivain et journaliste Guy de Maupassant (1850-1893) dans la France Fin de Siècle, un roman biographique.

Janvier 1880. Cinq jeunes hommes se font la lecture : Guy de Maupassant, Joris-Karl Huysmans, Paul Alexis, Henry Céard et Léon Hennique. Tous se trouvent au début de leur carrière d’écrivain, se rencontrent régulièrement chez Émile Zola et ont participé à la guerre franco-prussienne de 1870/71. Une anthologie rassemblant des récits de guerre doit alors être publiée sous peu sous le titre Les soirées de Médan (publiée en 1880). La maison de campagne de Zola se trouve à Médan.

Enthousiasme pour Boule de suif

Maupassant présente sa nouvelle Boule de suif, qui raconte l’histoire d’une prostituée qui, dans le chaos de la guerre, devient une héroïne. Une fois la lecture à voix haute terminée, l’audience reste silencieuse. Jusqu’à ce que, soudainement, tous laissent éclater leur enthousiasme. Maupassant est heureux, mais ne peut s’empêcher de s’interroger : Que dira Flaubert de cette nouvelle ? (« Un chef-d’œuvre ! ») Et vais-je être, enfin, avec cet écrit, considéré comme un écrivain accompli ? (Oui!).

Maupassant, né en 1850 au château de Miromesnil, s’intéresse très tôt à la littérature. Cet intérêt n’est pas sans lien avec la rupture de sa mère, Laure, et de son mari à la fin de l’année 1860. Après leur séparation, Laure vit à Etretat avec ses deux fils Henri René Albert Guy et Hervé, de six ans le cadet ; elle leur fait régulièrement la lecture d’œuvres de Shakespeare mais également du Salammbô de Flaubert. Le jeune Guy, âgé de douze ans, est fasciné. Il ne sait pas encore quel rôle Flaubert jouera dans sa vie.

À 13 ans, Maupassant est envoyé à l’internat catholique d’Yvetot. Dès le départ, les règles strictes qui régissent la vie de l’internat sont un cauchemar pour le jeune Maupassant. Pour rendre l’aridité de la vie en internat supportable et lutter contre l’ennui, Maupassant se met à la poésie. Avec ses camarades de classe et ses amis d’école, il fonde une « clique » : Oasis. Ensemble, ils rédigent un manifeste contre l’ennui. Lorsqu’un jour il insulte les prêtres dans l’un de ses poèmes, Maupassant est forcé de quitter l’internat peu avant les examens de fin d’année. Il passera ses examens au Lycée Impérial (aujourd’hui Lycée Corneille) de Rouen.

En bord de Seine

Il doit interrompre ses études de droit à Paris : au début de la guerre franco-prussienne, Maupassant se porte volontaire pour le service militaire, pour lequel il aurait de toute façon été appelé sous les drapeaux, et est envoyé à Rouen. Rouen est cependant rapidement évacuée et abandonnée aux Prussiens sans aucun combat. C’est dans un froid glacial avec près de vingt mille autres soldats que Maupassant parcourt les quatre-vingts kilomètres qui les séparent d’Honfleur, pour arriver enfin au Havre, forteresse imprenable, où il reste jusqu’à la fin de la guerre.

La couverture de l’édition française

Après la guerre, son père paie une compensation financière pour le libérer de ses obligations militaires, qui, sinon, lui auraient coûté cinq années supplémentaires de sa vie. Pour ce qui est du droit, Maupassant doit désormais gagner lui-même l’argent nécessaire à ses études – ce qui l’amène finalement à y mettre fin et, grâce à l’intervention de son père, à trouver un emploi au ministère de la Marine. Dès le début, il trouve les tâches administratives déprimantes. Quant à ses supérieurs, il les méprise. Le petit personnel et leurs supérieurs feront, plus tard, souvent l’objet de ses nouvelles.

Pour compenser, il passe de plus en plus régulièrement ses weekends avec une poignée d’amis, dans une barque, sur la Seine ou ses berges. Maupassant et ses compagnons de rames (encore l’une de ses « cliques ») se font appeler l’Union et n’ont qu’un seul but : conquérir les femmes se promenant sur les berges et se tenant dans les auberges. Dans ses lettres à ses compagnons, il décrit en détail ses nombreuses aventures érotiques ; il n’écrit cependant pas uniquement des lettres mais aussi des poèmes, des pièces de théâtre et en 1875 sa première nouvelle La Main d’écorché, un récit fantastique qu’il publie, sous couvert de son surnom de rameur Joseph Prunier, dans l’Almanach lorrain de Pont-à-Mousson.

Avec ses compagnons, il écrit une pièce de théâtre qui a tout pour plaire. Il s’agit d’un couple qui, accidentellement, a loué une chambre dans une maison close. La représentation, qui se fait en mai 1877 dans un atelier, se transforme en véritable spectacle. Ses compagnons endossent parfois plusieurs rôles, Maupassant lui-même – vêtu d’une tenue de femme – joue une prostituée (!). Sur scène, il joue son rôle avec tant de fureur que les dames présentes quittent la salle, horrifiées. Ce n’est pas le cas de Flaubert, qui lui se régale du spectacle. Contrairement à Edmond de Goncourt d’ailleurs, qui, dans son journal intime, s’indigne de « cette porcherie ».

C’est en lisant les derniers textes de Maupassant qu’on prend la mesure de l’impact que l’époque a eu sur lui. C’est ainsi que, dans sa nouvelle autobiographique Mouche écrite en 1890, il fait le récit d’une vie très « permissive » sur les bords de la Seine avec un style particulièrement enjoué.

Erotica

La couverture de l’édition allemande

À cette époque, Maupassant fréquente de plus en plus l’appartement parisien de Flaubert. Aux côtés de Maupassant, les habitués sont Ivan Sergueïevitch Tourgueniev, de Goncourt et Zola. Les discussions tournent autour de la politique et de la littérature, mais à maintes reprises, ces messieurs ne peuvent s’empêcher de laisser glisser la conversation vers d’autres sujets et finissent par parler de « sexe ». Maupassant surprend d’une part avec des anecdotes particulièrement détaillées, d’autre part avec des poèmes au contenu en partie pornographique portant des titres tels que 69 ou La femme à barbe.

Malgré de fréquentes crises de migraine – il a la syphilis comme beaucoup de ses contemporains – Maupassant écrit comme s’il était possédé. Pourtant, il ne parvient pas à percer ; il souffre de plus en plus de son échec. Sans grande motivation, il assiste à l’Exposition Universelle de 1878 à Paris, où il s’ennuie. Au lieu de s’intéresser à l’ampoule électrique tout juste inventée, il est surtout agacé de voir que toutes les prostituées sont « débordées » à cause de l’Exposition Universelle. Flaubert, devenu depuis longtemps un ami à la figure paternelle, finit par lui demander dans l’une de ses lettres, furieux, de tout abandonner pour l’art.

Succès posthume

Flaubert meurt en mai 1880. Il n’aura pas la chance de vivre l’incroyable succès de Maupassant au cours des dix années suivantes. Un succès principalement dû à ses 300 nouvelles, mais aussi à ses six romans – dont Une vie publiée en 1883, et Bel-Ami paru en 1885 – ainsi qu’à ses 250 articles, dont la plupart font la Une des journaux et illustrent parfaitement la période de la guerre de 1870/71 et de la Fin de Siècle.

Traduction : Camille Naulet

  • Arne Ulbricht, Maupassant. KLAK, Berlin, 2017
  • Arne Ulbricht, Cette petite crapule de Maupassant. Les Éditions du Sonneur, Paris, 2019

Un roman sur Maupassant

Maupassant me passionne depuis longtemps ! Mon enthousiasme pour cet auteur est né en 1990, lorsque j’ai lu pour la première fois certaines de ses nouvelles en cours de français et que j’ai été presque submergé par la force de son Vagabond. Comment ce Maupassant a-t-il réussi à décrire avec autant d’intensité la vie d’un vagabond en si peu de pages ?

Au cours de mes études, j’ai essentiellement lu non seulement Zola et Hugo mais surtout Maupassant. J’ai découvert un auteur aux multiples facettes parvenant à décrire, en seulement quelques pages, des intrigues complexes, se déroulant toutes à la fin du 19e siècle. Mais qu’est-ce que je savais de la vie de Maupassant ? En fait, seulement qu’il était célèbre pour ses romans, qu’il aimait les femmes et qu’à la fin de sa vie, il est mort seul dans un asile psychiatrique.

C’est après la lecture de la monumentale biographie de l’auteure britannique Marlo Johnston, que j’ai su, après avoir parcouru quelques pages seulement, que je souhaitais – même, que je devais – écrire un roman sur cet illustre auteur. C’est dire à quel point la vie de Maupassant me fascinait. Très certainement aussi parce que, tout comme lui, j’ai grandi en bord de mer et que je partage son enthousiasme pour le sport et la nature. Ce dont j’étais également certain, c’est que je voulais écrire sur ce Maupassant qui, peut-être même en France, était inconnu. Je voulais faire le récit de ce jeune homme qui écrivait poèmes et pièces théâtres et qui passait du temps avec ses amis sur les bords de la Seine. Je ne voulais pas écrire à propos du fait qu’il connaissait Flaubert, mais plutôt comment il a appris à le connaître et comment ces deux hommes si différents sont devenus amis. C’est la raison pour laquelle, j’ai choisi d‘écrire sur la période jusqu’en 1880.

J’aurais très certainement pu également écrire une biographie. Mais je me considère plutôt comme un conteur d’histoires. C’est pourquoi, j’ai entrepris de me concentrer sur l’écriture d’anecdotes – tout à fait plausibles – et des scènes de sa vie en me basant sur ses lettres et ses nouvelles autobiographiques.

Lorsqu’une maison d’édition française s’est intéressée à mon livre, j’ai vu l’un de mes rêves se réaliser. Ce roman, et c’était là ma conviction depuis le tout début, se devait d’être publié en langue française ! La version française de mon livre s’intitule Cette petite crapule de Maupassant. C’est ce que l’une de ses « connaissances » a dit de lui. C’est dit avec tendresse – mais du point de vue des femmes, c’était vraiment une crapule !

Traduction : Camille Naulet

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Arne Ulbricht, © Daniel Schmitt

Dialog Dialogue

1 Kommentar/Commentaire

  1. L’ écriture est une passion. L’ œuvre de Maupassant, six romans et 300 nouvelles, est passionnante. Au cœur de plusieurs nouvelles, la femme. Maupassant, un érotomane, un excessif, mais pas seulement, qui méprisait la bourgeoisie et qui, comme son maître à penser, Gustave Flaubert, ne supportait pas la bêtise humaine, mourut à l’âge de 42 ans, atteint de paralysie générale, des suites de la syphilis.

    Arne Ulbricht a eu dans un style très vivant l’ excellente idée de nous faire redécouvrir un écrivain hors pair, qui voulait d´ abord se destiner à des études de droit. Pour notre plaisir, il choisit heureusement une toute autre voie. Allez avec Arne Ulbricht sur les traces de Maupassant, découvrez son enfance et son adolescence. Lisez « Cette petite crapule de Maupassant », ouvrage publié par une petite maison d’ édition littéraire à Paris !

    L’ éditrice soutient les auteurs français et étrangers qui ont vraiment quelque chose à nous dire. Elle a eu la judicieuse idée de lancer en France un livre d’ un écrivain allemand qui nous fait partager son enthousiasme, un livre qui suscitera l’ intérêt des passionnés de Maupassant. Cela aurait réjoui le maître en la matière, Maupassant.

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