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Olaf Scholz

Le chancelier inattendu

Déborah Berlioz

© Bundesministerium der Finanzen / Photothek / Thomas Koehler

8 décembre 2021

Candidat d’un parti en déclin, peu populaire dans ses propres rangs – Olaf Scholz était loin de partir vainqueur dans la course à la chancellerie.

« Olaf Scholz : le sous-estimé sera bientôt chancelier » (Olaf Scholz : Der Unterschätzte wird bald Kanzler). Voici comment la Deutsche Welle présentait le successeur d’Angela Merkel sur son site Internet fin novembre. Un titre qui aurait d’ailleurs parfaitement convenu à Angela Merkel lors de son arrivée au pouvoir en 2005.

Comme pour la chancelière sortante, personne n’aurait parié sur la victoire d’Olaf Scholz. En avril, alors que les Verts battent des records de popularité dans les sondages, les sociaux-démocrates (SPD) atteignent péniblement les 15 % d’intentions de vote. « Le parti a souffert des trois grandes coalitions avec les conservateurs sous Angela Merkel (2005-2009 ; 2013-2017 ; 2018-2021), analyse Roland Sturm, chercheur à l’Institut de science politique d’Erlangen. Le SPD a réussi à imposer des choses, comme le salaire minimum, mais ces avancées étaient davantage mises au crédit de la chancelière sortante. »

Quant à Olaf Scholz, même son parti semble l’avoir désigné à reculons. Il faut dire que ce fervent défenseur de la rigueur budgétaire est plus à droite que la base des sociaux-démocrates. A tel point qu’en 2019, il échoue à se faire élire à la tête du SPD. S’il a été désigné candidat, c’est que son parti n’avait pas vraiment le choix. En tant que « vice-chancelier » et ministre des finances, il dispose davantage de crédibilité et de visibilité que tous les autres membres du parti. De plus « les cadres du parti savaient qu’un candidat trop à gauche n’aurait eu aucune chance de remporter une élection en Allemagne », assure Roland Sturm.

Des débuts plus radicaux

Mais ce positionnement au centre de l’échiquier politique n’est pas inné chez Olaf Scholz. Né en 1958, il adhère au SPD dès ses 17 ans. Devenu vice-président de l’organisation de jeunesse du SPD en 1982, il prône à l’époque un socialisme radical et un dépassement de l’économie capitaliste. Avocat spécialisé dans le droit du travail, il a son propre cabinet à Hambourg, et son ton s’éloigne progressivement des idées radicales.

A partir des années 90, le juriste commence les allers et retours entre Hambourg et la capitale allemande. En 1998, il est élu pour la première fois au Bundestag. Puis en 2001, il devient ministre de l’intérieur du gouvernement de la ville-Etat de Hambourg. Un an plus tard, il est élu secrétaire général de son parti, où il soutient activement les réformes sociales de Gerhard Schröder, l’Agenda 2010. Les lois Hartz, connues pour avoir libéralisé le marché du travail, étaient largement controversées au sein du parti, et aujourd’hui encore, les sociaux-démocrates ont du mal à gérer cet héritage.

Sous la première grande coalition dirigée par Angela Merkel, Olaf Scholz prend le portefeuille de ministre du travail, avant de refaire ses valises pour la ville hanséatique, dont il sera maire de 2011 à 2017. Après les législatives de 2017, Olaf Scholz retourne dans la capitale, avec cette fois le poste de vice-chancelier et de ministre des finances.

Le véritable héritier de Merkel ?

Ses détracteurs le surnomment volontiers « Scholzomat », contraction de Scholz et « Automat » (ou robot en français). Une manière de parodier son phrasé lent et régulier, mais aussi son style très peu émotionnel. Un grand point commun avec Angela Merkel qui n’est pas vraiment connue pour ses discours pleins d’emphase. D’ailleurs pendant la campagne électorale, Olaf Scholz a joué à fond la carte de l’héritier de Merkel, allant même jusqu’à imiter la « Merkel Raute », le fameux losange formé avec les mains, sur des photos.

Maintenant reste à voir s’il aura le même style de gouvernement que la chancelière. Si beaucoup admiraient les talents de modération d’Angela Merkel et sa bonne gestion de crise, nombreux sont ceux qui critiquaient son manque de vision politique. « Si la nouvelle coalition veut être un gouvernement de progrès écologique, Scholz doit être différent, juge un éditorialiste du quotidien de gauche berlinois, taz. Il doit être le chancelier du climat, qui a un plan dans la poche. »

Pour Stephan Bröchler, politologue à l’Ecole supérieure d’économie et de droit de Berlin, Olaf Scholz, doit garder un peu de l’héritage modérateur d’Angela Merkel. « Il dirige une coalition de trois partis très différents, donc la capacité de trouver des compromis sera très importante. Cependant, il doit aussi développer une vision politique, donner des objectifs clairs à son gouvernement – davantage que le faisait la chancelière sortante. Pendant ses années en tant que ministre des finances, Olaf Scholz a déjà montré qu’il savait modérer, reste à voir s’il peut défendre un plan politique. Dans tous les cas, le contrat de coalition semble aller dans cette direction. Avec le titre « Oser plus de progrès », il se place dans la tradition de Willy Brandt avec son « Oser plus de démocratie ». Or Willy Brandt était un grand visionnaire, contrairement à Helmut Schmidt qui disait que celui qui avait des visions devrait aller « consulter un médecin ». 

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